Logement en Espagne : la pénurie de main-d’œuvre freine la construction

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Pour doubler la production de logements, l’Espagne aurait besoin de 2,8 millions de travailleurs dans la construction. C’est le calcul des promoteurs, présenté cette semaine. Le chiffre frappe, mais il demande du contexte : il correspond au double de l’effectif actuel du secteur, pas à un nombre de maçons. Voici ce que cela signifie pour le logement.

Le chiffre de 2,8 millions : d’où vient-il ?

Carolina Roca, présidente d’Asprima, l’association des promoteurs immobiliers de Madrid, l’a avancé le 5 novembre. Elle s’exprimait lors d’une journée de la CNMC, l’autorité de la concurrence, sur la transformation du sol en logements. Selon la presse, le secteur devrait « plus que doubler » ses 1,4 million de travailleurs pour produire deux fois plus de logements. Le chiffre de 2,8 millions est donc le double de 1,4 million.

Le calcul est simple, mais la méthode n’a pas été détaillée. Certains titres parlent de « maçons », alors que les 1,4 million désignent tous les métiers du bâtiment. Carolina Roca estime aussi que l’industrialisation de la construction ne suffira pas. Selon elle, le secteur aura besoin d’un volume de professionnels « beaucoup plus important ».

Pénurie de main-d’œuvre dans la construction : un secteur qui vieillit

Le secteur compte environ 1,4 million de cotisants à la Sécurité sociale, selon l’association des promoteurs APCE. Il en comptait environ 2,6 millions en 2008, avant la crise. Depuis, il peine à recruter des jeunes.

Voici les repères qui ressortent des études :

  • plus de 55 % des travailleurs ont plus de 45 ans, selon BBVA Research ;
  • les moins de 30 ans représentent environ 10,8 % de l’emploi ;
  • les postes vacants ont été multipliés par quatre depuis 2016 ;
  • les travailleurs étrangers forment environ un quart du secteur.

BBVA Research voit toutefois un signe positif. Le nombre de travailleurs étrangers âgés de 30 à 44 ans augmente dans les principaux métiers. Cela pourrait freiner le vieillissement.

Un déficit de 750 000 logements, selon la Banque d’Espagne

La pénurie pèse sur un marché déjà tendu. La Banque d’Espagne estime à environ 750 000 le nombre de logements manquants. Elle juge que l’offre a répondu de façon insuffisante à la hausse de la demande. Plus de la moitié du déficit se concentre dans six grandes zones urbaines : Madrid, Barcelone, Alicante, Valence, Murcie et Malaga.

Parmi les causes, la banque cite la lourdeur administrative, la lenteur de l’urbanisme et le manque de main-d’œuvre adaptée. Elle cite aussi une productivité plus faible. Par ailleurs, environ 400 000 logements sont détournés vers la location touristique ou saisonnière.

Pénurie de main-d’œuvre dans la construction : d’autres freins pèsent aussi

Les ouvriers ne sont pas le seul obstacle. Carolina Roca juge le développement du sol « infinançable », car il absorbe tout le capital pour des marges très faibles. Elle dénonce aussi l’insécurité juridique et la multiplication des recours dans les projets d’urbanisme.

Les délais comptent également. Selon l’APCE, il faut en moyenne 36 mois entre le permis et la livraison, contre 15 à 18 mois pendant le boom. Le coût monte lui aussi : la main-d’œuvre a augmenté de plus de 5 % début 2026, portée par la demande des fonds européens de rénovation énergétique. Les matériaux ont grimpé jusqu’à 12 %, selon El Debate.

Industrialisation et aides : quelles pistes ?

L’industrialisation offre une piste. Elle ne représente aujourd’hui que 2 à 4 % de la construction, selon l’APCE. Le gouvernement a lancé un plan de 1,3 milliard d’euros, le PERTE d’industrialisation du logement. Il estime pouvoir réduire les délais de 20 à 60 %. D’après l’entreprise ACR, un chantier industrialisé exige environ la moitié du personnel.

L’État soutient aussi les promoteurs privés. Le gouvernement a approuvé 201 millions d’euros d’aides directes pour construire 2 500 logements abordables sur des terrains publics, via le programme Casa 47.

Ce que cela change pour les acheteurs et les investisseurs

La pénurie de main-d’œuvre dans la construction n’explique pas à elle seule la tension du marché. Elle s’ajoute au manque de terrains et aux délais d’autorisation. Pour un investisseur, une promotion sur plan peut donc coûter plus cher et prendre plus de temps à livrer. Pour un acheteur, l’offre neuve reste limitée dans les grandes villes.

Aucun de ces éléments ne permet de prédire l’évolution des prix. Chaque projet est différent : renseignez-vous auprès d’un professionnel avant tout achat sur plan.

Sources et photos : Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)

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