L’agroécologie qui répond déjà aux défis : clôture du XVIe Congrès international SEAE à Pampelune.

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Pendant quatre jours, Pampelune a été le centre mondial de la réflexion sur l’agroécologie. Le XVIe Congrès international de la Société espagnole d’agroécologie (SEAE) a réuni chercheurs, agriculteurs, institutions et militants du monde entier pour dresser un bilan et tracer des perspectives concrètes face aux crises alimentaires, climatiques et sociales qui secouent notre époque.

Un congrès au carrefour de la science et du terrain

Le XVIe Congrès international SEAE, tenu à Pampelune fin avril 2026, a rassemblé plus de 600 participants venus de plus de 30 pays. Chercheurs universitaires, agriculteurs biologiques, représentants d’ONG et responsables politiques ont partagé pendant quatre jours leurs expériences, leurs données et leurs propositions autour d’un thème central : l’agroécologie comme réponse systémique aux grandes crises du XXIe siècle.

Selon Diario de Navarra, l’édition 2026 du congrès a été marquée par une volonté affirmée de dépasser le cadre purement académique pour ancrer les débats dans des réalités concrètes et des expériences de terrain vérifiables.

Plus de 200 communications scientifiques ont été présentées lors de l’événement, couvrant des sujets aussi variés que la biodiversité des sols, les systèmes alimentaires locaux, la transition agroécologique dans les pays du Sud, ou encore les politiques agricoles européennes dans le cadre de la PAC post-2027.

Parmi les faits marquants, une étude présentée lors du congrès a démontré que les exploitations gérées selon des principes agroécologiques présentent une résistance aux sécheresses supérieure de 35 % en moyenne par rapport aux exploitations conventionnelles, un chiffre qui a suscité un intérêt particulier dans le contexte des vagues de chaleur répétées frappant la péninsule ibérique.

« L’agroécologie n’est pas une alternative marginale. C’est une réponse scientifiquement fondée aux échecs structurels du modèle agricole industriel. » Intervenante lors du panel d’ouverture du XVIe Congrès SEAE, Pampelune 2026

La ville de Pampelune, capitale de la Navarre, n’a pas été choisie par hasard. La région est l’une des plus avancées d’Espagne en matière de conversion vers l’agriculture biologique et agroécologique, avec près de 12 % de la surface agricole utile certifiée bio, un taux nettement supérieur à la moyenne nationale espagnole qui se situe autour de 10,7 %.

Résilience agricole et souveraineté alimentaire au coeur des débats

La notion de résilience a traversé l’ensemble des sessions du congrès. Face au dérèglement climatique, à la volatilité des marchés et à la dépendance aux intrants chimiques, de nombreux intervenants ont plaidé pour une refonte profonde des systèmes alimentaires, en plaçant la diversité biologique et la proximité au centre des stratégies.

Selon la FAO, les systèmes alimentaires sont responsables de près d’un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Dans ce contexte, les approches agroécologiques, qui misent sur la régénération des sols, la réduction des intrants de synthèse et la valorisation des savoirs paysans locaux, apparaissent comme des leviers essentiels de décarbonation du secteur.

Plusieurs ateliers ont également abordé la question de la souveraineté alimentaire, notamment en lien avec les négociations commerciales internationales et les accords de libre-échange qui, selon de nombreux participants, fragilisent les agricultures paysannes des pays du Sud comme du Nord.

Un rapport présenté en séance plénière a mis en avant que les exploitations agroécologiques en Europe génèrent en moyenne 20 % d’emplois ruraux supplémentaires par rapport aux exploitations conventionnelles de taille comparable. Un argument de poids dans les régions confrontées à l’exode rural et au vieillissement des populations agricoles.

« Nous ne pouvons plus nous permettre de traiter l’alimentation comme une simple marchandise. La transition agroécologique est aussi une question de justice sociale et de démocratie alimentaire. » Extrait d’une intervention lors du panel sur la souveraineté alimentaire, Congrès SEAE 2026

La clôture du congrès a donné lieu à l’adoption d’une déclaration finale appelant les gouvernements européens et nationaux à intégrer les principes agroécologiques dans les politiques publiques agricoles, à augmenter les financements pour la recherche participative, et à soutenir la transition des exploitations via des mécanismes fiscaux et techniques adaptés.

La SEAE a également annoncé le lancement d’une plateforme numérique collaborative destinée à centraliser les données issues des expériences agroécologiques menées en Espagne et en Amérique latine, avec l’objectif de constituer une base de connaissances partagée accessible aux agriculteurs, aux chercheurs et aux décideurs.

Le prochain congrès international de la SEAE est d’ores et déjà prévu pour 2028, avec une candidature avancée de plusieurs villes andalouses, région qui concentre la plus grande superficie de cultures biologiques d’Espagne.

Ce XVIe Congrès aura démontré, s’il en était encore besoin, que l’agroécologie ne se cantonne plus au registre de l’idéal militant. Elle s’impose désormais comme un corpus scientifique rigoureux, une pratique économiquement viable et un projet politique cohérent face aux urgences du siècle.

Sources et photo : Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)


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