La Confédération espagnole du transport de marchandises (CETM) a réagi avec prudence à l’annonce du gouvernement espagnol de prolonger les aides énergétiques destinées aux entreprises. Si l’organisation se félicite de cette décision, elle alerte avec fermeté sur le risque que le secteur du transport routier soit une nouvelle fois exclu des dispositifs de soutien, alors qu’il continue de faire face à des coûts opérationnels particulièrement élevés.
Une prolongation bienvenue, mais des inquiétudes persistantes pour le transport
Depuis plusieurs années, le secteur du transport routier de marchandises en Espagne subit de plein fouet la hausse des prix de l’énergie. Le gazole, qui représente en moyenne entre 30 et 40 % des coûts d’exploitation d’une entreprise de transport, reste à des niveaux élevés malgré une légère détente observée sur les marchés internationaux en 2025.
La CETM rappelle que les entreprises du secteur n’ont pas toujours bénéficié des mêmes conditions d’accès aux aides que d’autres industries considérées comme plus énergivores. Pourtant, un camion poids lourd consomme en moyenne entre 25 et 35 litres de gazole aux 100 kilomètres, ce qui représente une charge financière considérable pour les transporteurs, en particulier les petites et moyennes entreprises qui constituent l’essentiel du tissu économique du secteur en Espagne.
Selon Transporte Profesional (transporteprofesional.es), la CETM a officiellement demandé au gouvernement d’inclure explicitement le transport routier dans les critères d’éligibilité de la prochaine phase des aides énergétiques, en soulignant que l’exclusion du secteur lors des dispositifs précédents avait fragilisé de nombreuses entreprises, notamment les plus petites structures familiales.
L’organisation souligne également que le transport routier emploie directement plus de 500 000 personnes en Espagne et contribue de manière significative au PIB national, justifiant ainsi une attention particulière de la part des pouvoirs publics.
« Le transport routier ne peut pas continuer à être traité comme un secteur secondaire lorsqu’il s’agit de distribuer les aides publiques. Nous sommes le moteur de l’économie espagnole et nous devons être reconnus comme tels. » Déclaration de la CETM, juin 2026
Des mesures concrètes réclamées pour soutenir la compétitivité du secteur
Au-delà de la simple prolongation des aides existantes, la CETM formule plusieurs demandes précises auprès du gouvernement espagnol. L’organisation réclame notamment une révision du mécanisme de remboursement partiel de la taxe sur le gazole professionnel, un dispositif qui avait été mis en place dans le cadre des mesures d’urgence adoptées en 2022 face à l’envolée des prix de l’énergie consécutive à la guerre en Ukraine.
Ce remboursement, qui permettait aux transporteurs de récupérer une partie des taxes payées sur le carburant, avait représenté un soutien non négligeable pour de nombreuses entreprises. Sa suppression ou sa réduction progressive a pesé lourd dans les comptes d’exploitation du secteur.
Selon les estimations de la CETM, une entreprise de transport de taille moyenne, disposant d’une flotte d’une vingtaine de véhicules, aurait perdu entre 40 000 et 80 000 euros par an avec la fin de ce mécanisme de compensation, une somme qui peut faire la différence entre la survie et la faillite pour des structures aux marges déjà très étroites.
L’organisation demande également que les nouvelles aides tiennent compte de la transition énergétique en cours dans le secteur. Le passage aux véhicules électriques ou à l’hydrogène représente des investissements colossaux, souvent inaccessibles sans soutien public. Un camion électrique de grande capacité coûte actuellement entre deux et trois fois le prix d’un équivalent diesel, et les infrastructures de recharge adaptées aux poids lourds restent encore très insuffisantes sur le réseau routier espagnol.
« On ne peut pas demander aux transporteurs de se moderniser et d’investir dans des véhicules propres tout en les excluant des aides à l’énergie. C’est contradictoire et injuste. » Porte-parole de la CETM, lors d’une conférence de presse à Madrid
Selon le ministère espagnol des Transports, le plan national de décarbonation du transport prévoit que 30 % des véhicules utilitaires lourds devront être à faibles émissions d’ici 2030. Un objectif ambitieux qui nécessite un accompagnement financier structuré et durable de la part de l’État.
La balle est désormais dans le camp du gouvernement espagnol, qui doit trancher dans les prochaines semaines sur les modalités exactes de la prolongation des aides énergétiques. La CETM appelle à un dialogue constructif et à une concertation rapide avec les représentants du secteur pour éviter que le transport routier ne soit, une fois de plus, laissé pour compte dans un dispositif pourtant essentiel à la survie de milliers d’entreprises espagnoles.
L’enjeu dépasse la simple question des subventions : c’est la compétitivité de l’ensemble de la chaîne logistique espagnole, et donc de l’économie nationale, qui est en jeu dans ce bras de fer entre les transporteurs et les autorités de Madrid.
Sources et photos : Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
