La logistique du dernier kilomètre est devenue l’un des enjeux majeurs des grandes villes espagnoles. À Palma de Majorque, deux acteurs clés, le Centre d’Innovation pour le Transport et la Technologie (CITET) et le réseau public Mercasa, ont récemment uni leurs efforts pour analyser et proposer des solutions concrètes aux problèmes posés par la distribution urbaine de marchandises, communément appelée DUM.
Un contexte urbain sous pression logistique
Palma de Majorque, capitale des Îles Baléares, concentre plus de 400 000 habitants permanents, un chiffre qui peut tripler durant la haute saison touristique. Cette réalité démographique génère une pression considérable sur les infrastructures de transport et de livraison urbaine.
La ville doit faire face à une augmentation constante des flux de marchandises, portée notamment par l’essor du commerce en ligne. En Espagne, selon les dernières estimations disponibles, le e-commerce a progressé de plus de 15 % par an ces dernières années, multipliant d’autant le nombre de livraisons effectuées en centre-ville.
Selon Logística Profesional, la rencontre entre CITET et Mercasa à Palma visait précisément à identifier les principaux goulets d’étranglement de la chaîne logistique urbaine sur l’île, en tenant compte des spécificités insulaires qui compliquent davantage l’approvisionnement. L’insularité implique en effet des coûts de transport plus élevés et des délais plus longs, rendant l’optimisation de la distribution finale encore plus critique.
« La distribution urbaine de marchandises dans les villes insulaires comme Palma représente un défi doublement complexe : il faut d’abord acheminer les produits jusqu’à l’île, puis les distribuer efficacement dans une ville dont la circulation est saturée une grande partie de l’année. » CITET, lors de la rencontre avec Mercasa à Palma de Majorque
Les deux organisations ont mis en lumière que les véhicules de livraison représentent entre 20 et 30 % du trafic urbain dans les grandes villes espagnoles, contribuant de manière significative à la congestion, à la pollution atmosphérique et aux nuisances sonores. À Palma, ce phénomène est amplifié par l’afflux touristique saisonnier qui réduit encore davantage l’espace disponible pour les opérations de chargement et déchargement.
Des solutions innovantes au coeur des discussions
Face à ces défis, CITET et Mercasa ont exploré plusieurs pistes d’action lors de leurs échanges. Parmi les solutions évoquées, la création de centres de consolidation urbaine (CCU) figure en bonne place. Ces plateformes logistiques, situées en périphérie des zones denses, permettent de regrouper les livraisons de différents opérateurs afin de réduire le nombre de véhicules circulant en centre-ville.
L’expérience menée dans d’autres villes espagnoles comme Madrid ou Barcelone montre que ce type de dispositif peut réduire le trafic de livraison de 20 à 40 % dans les zones concernées. Mercasa, qui gère un réseau de 23 marchés d’intérêt national (MIN) à travers l’Espagne, dispose d’une expertise reconnue dans l’organisation de ces flux de marchandises alimentaires à grande échelle.
Selon les experts présents lors des discussions, l’utilisation de véhicules électriques ou à faibles émissions pour les livraisons urbaines constitue également une priorité. La réglementation européenne impose des objectifs de plus en plus stricts en matière de zones à faibles émissions (ZFE), et Palma n’échappe pas à cette tendance. La ville devra progressivement restreindre l’accès des véhicules polluants à son centre historique.
« Les centres de consolidation urbaine, combinés à une flotte de véhicules propres pour le dernier kilomètre, représentent aujourd’hui la solution la plus aboutie pour concilier efficacité logistique et qualité de vie en ville. » Mercasa, lors des échanges avec CITET à Palma de Majorque
La numérisation des opérations logistiques a également été abordée comme levier d’optimisation. L’utilisation de plateformes digitales permettant de mutualiser les tournées, de gérer en temps réel les créneaux de livraison et de réduire les kilomètres parcourus à vide peut générer des économies substantielles. Selon les estimations du secteur, jusqu’à 30 % des trajets effectués par les véhicules de livraison en milieu urbain se font sans chargement.
Enfin, la question de la gouvernance a été centrale dans les discussions. Une distribution urbaine efficace nécessite une coordination étroite entre les opérateurs privés, les collectivités locales et les gestionnaires d’infrastructures. CITET a insisté sur la nécessité de mettre en place des comités de pilotage réunissant l’ensemble des parties prenantes pour définir des règles communes et des indicateurs de performance partagés.
La rencontre entre CITET et Mercasa à Palma de Majorque illustre une prise de conscience croissante des acteurs espagnols de la logistique face aux défis de la distribution urbaine. Si des solutions techniques et organisationnelles existent, leur déploiement à grande échelle nécessite une volonté politique forte et une coopération sans faille entre le secteur public et le secteur privé. L’île de Majorque, par ses contraintes spécifiques, pourrait bien devenir un laboratoire d’expérimentation pour des modèles logistiques innovants, exportables à d’autres territoires insulaires ou à forte densité touristique en Europe.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
