Ouvrir une filiale en Espagne : quelles différences avec une succursale ?

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L’Espagne représente depuis de nombreuses années une destination privilégiée pour les entreprises françaises souhaitant développer leurs activités à l’international. La proximité géographique, les liens économiques étroits entre les deux pays, l’importance du marché espagnol et les nombreuses opportunités sectorielles incitent chaque année de nombreuses
sociétés françaises à envisager une implantation durable de l’autre côté des Pyrénées.

Lorsqu’une entreprise décide de s’implanter en Espagne, une question essentielle apparaît rapidement : faut-il créer une filiale espagnole ou ouvrir une succursale ?

Ces deux solutions permettent d’exercer une activité en Espagne, mais elles répondent à des logiques très différentes. Le choix de l’une ou l’autre structure aura des conséquences importantes sur le plan juridique, fiscal, comptable et opérationnel.

Contrairement à certaines idées reçues, il n’existe pas de réponse universelle. La structure la plus adaptée dépend de la nature du projet, du niveau de développement envisagé et des objectifs stratégiques poursuivis par l’entreprise.

Pourquoi créer une structure en Espagne ?

De nombreuses entreprises françaises débutent leurs relations commerciales avec l’Espagne sans disposer de présence locale.

Dans un premier temps, cette approche peut suffire. Toutefois, lorsque l’activité se développe, certaines limites apparaissent rapidement.

La présence d’une structure locale peut notamment permettre :
● de renforcer la crédibilité de l’entreprise ;
● de faciliter les relations commerciales ;
● d’embaucher du personnel local ;
● de développer un réseau de partenaires ;
● ou encore de répondre à certaines exigences administratives.

L’implantation en Espagne devient alors une étape naturelle du développement de l’activité.

La succursale : une extension de la société française

La succursale constitue juridiquement un prolongement de la société mère.

Elle ne dispose pas de personnalité juridique propre. En d’autres termes, elle ne constitue pas une société indépendante.

La société française demeure directement responsable de l’ensemble des engagements pris par la succursale.

Cette caractéristique constitue à la fois un avantage et une limite.

L’avantage réside dans la simplicité du dispositif. La succursale reste étroitement liée à la société mère et son fonctionnement est généralement plus souple.

La limite principale réside dans le fait que la société française supporte directement les risques liés à l’activité exercée en Espagne.

La filiale : une société espagnole autonome

La filiale repose sur une logique différente.

Il s’agit d’une véritable société espagnole disposant de sa propre personnalité juridique.

Même lorsqu’elle est détenue à 100 % par une entreprise française, la filiale constitue une entité distincte.

Elle possède :
● son propre patrimoine ;
● ses propres comptes ;
● ses propres obligations ;
● et sa propre responsabilité juridique.

Cette autonomie constitue souvent un élément déterminant dans le choix de la structure.

Une question de responsabilité

La distinction entre filiale et succursale est particulièrement importante en matière de responsabilité.

Dans le cadre d’une succursale, la société française reste directement exposée aux engagements contractés en Espagne.

En cas de litige important ou de difficultés financières, la responsabilité de la société mère peut être directement concernée.

À l’inverse, la filiale permet généralement d’isoler davantage les risques liés à l’activité locale.

Cette séparation juridique constitue l’un des principaux avantages recherchés par les groupes internationaux.

L’image auprès des partenaires espagnols

Le choix de la structure peut également avoir un impact sur la perception de l’entreprise par ses partenaires locaux.

Dans certains secteurs d’activité, disposer d’une véritable société espagnole constitue un signal fort pour les clients et les partenaires.

La filiale est souvent perçue comme la preuve d’un engagement durable sur le marché espagnol.

La succursale reste parfaitement légitime mais peut parfois apparaître comme une présence plus limitée ou plus temporaire.

Cette dimension commerciale ne doit pas être négligée.

Les formalités de création

La création d’une succursale est généralement plus rapide et plus simple que celle d’une filiale.

La procédure implique principalement l’immatriculation de la structure étrangère auprès des autorités espagnoles et la désignation d’un représentant local.

La création d’une filiale nécessite en revanche :
● la constitution d’une société espagnole ;
● la rédaction de statuts ;
● l’ouverture d’un compte bancaire ;
● et l’accomplissement de différentes formalités administratives.

L’investissement initial est donc généralement plus important.

Les obligations comptables et administratives

Une succursale doit tenir une comptabilité correspondant à son activité en Espagne.

Toutefois, son fonctionnement reste étroitement lié à celui de la société mère.

La filiale dispose quant à elle d’une autonomie complète. Elle doit respecter l’ensemble des obligations applicables aux sociétés espagnoles.

Cette différence implique souvent une charge administrative plus importante pour la filiale.

En contrepartie, elle offre davantage d’indépendance dans la gestion quotidienne.

Les enjeux fiscaux

La fiscalité constitue naturellement un critère majeur dans le choix de la structure.

Toutefois, il convient d’être particulièrement prudent face aux idées reçues.

Le choix entre filiale et succursale ne doit jamais être fondé uniquement sur des considérations fiscales.

Chaque situation nécessite une analyse spécifique tenant compte notamment :
● de l’activité exercée ;
● du chiffre d’affaires prévisionnel ;
● des flux financiers ;
● et des relations entre la France et l’Espagne.

Une étude préalable permet d’identifier la structure la plus adaptée.

L’embauche de salariés en Espagne

Lorsqu’une entreprise envisage de recruter du personnel local, la question de la structure juridique prend une importance particulière.

Filiale et succursale peuvent toutes deux employer des salariés.

Toutefois, la gestion sociale, les obligations administratives et certaines démarches peuvent varier selon la structure retenue.

Cette dimension mérite une analyse spécifique dès la phase de préparation du projet.

Le développement à long terme

La stratégie de développement constitue souvent l’élément le plus déterminant.

Lorsqu’une entreprise envisage simplement de tester le marché espagnol, la succursale peut constituer une solution adaptée.

En revanche, lorsqu’un développement important est envisagé à moyen ou long terme, la création d’une filiale devient souvent plus pertinente.

Cette structure offre davantage de flexibilité pour accueillir de nouveaux investisseurs, développer des activités locales ou réaliser des opérations de croissance.

Le rôle de l’avocat dans le choix de la structure

L’accompagnement par un avocat permet de sécuriser l’ensemble du projet d’implantation.

Il intervient notamment pour :
● analyser les objectifs de l’entreprise ;
● comparer les différentes structures possibles ;
● coordonner les formalités en France et en Espagne ;
● et anticiper les conséquences juridiques et fiscales du choix retenu.

Cette analyse préalable permet d’éviter des restructurations coûteuses quelques années après l’implantation.

Conclusion

Le choix entre une filiale et une succursale constitue l’une des premières décisions stratégiques à prendre lors d’une implantation en Espagne.

Si la succursale offre simplicité et rapidité de mise en œuvre, la filiale permet généralement une meilleure autonomie et une séparation plus nette des risques.

La structure la plus adaptée dépend avant tout des objectifs poursuivis, du niveau d’activité envisagé et de la stratégie de développement de l’entreprise.

Une analyse préalable approfondie permet de construire une implantation solide et durable sur le marché espagnol.

Miguel Morillon, Avocat au Barreau de Madrid

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