La Cantabrie produit enfin sa propre énergie.

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Pendant dix-sept ans, la Cantabrie n’a construit aucun nouveau parc éolien. En 2025, ce blocage historique a pris fin avec la mise en service du parc El Escudo, premier d’une série de sept projets en cours. Derrière cette révolution silencieuse, une conviction portée par le gouvernement régional : une région qui ne produit que 15 % de l’énergie qu’elle consomme ne peut pas prétendre à une vraie autonomie. Ce que cette transition signifie pour les entreprises et les habitants de la Cantabrie.

Dix-sept ans d’immobilisme : le poids d’une dépendance énergétique

La Cantabrie souffrait d’un paradoxe difficile à soutenir. Région verdoyante, ventée, arrosée, elle dispose de ressources naturelles qui auraient pu en faire un territoire pilote de la transition énergétique espagnole. Et pourtant, depuis l’inauguration du parc éolien de Cañoneras, dans la commune de Soba, en 2008, aucune nouvelle installation de production d’énergie renouvelable d’envergure n’avait vu le jour sur son territoire. Pendant dix-sept ans, la Cantabrie s’est contentée de ses 35,3 mégawatts installés, pendant que ses voisins asturiens, basques et castillans multipliaient leurs capacités de production. Le résultat est sans appel : la région ne produit que 15 % de l’énergie électrique qu’elle consomme, selon les chiffres présentés par la présidente María José Sáenz de Buruaga lors de la visite du chantier du parc El Escudo en juillet 2025, et rapportés par le gouvernement cantabrique.

Cette dépendance n’est pas seulement un problème environnemental ou idéologique. Elle a des conséquences économiques très concrètes. Les grandes entreprises électro-intensives de la région, notamment dans les secteurs de la chimie, de la métallurgie et du ciment, supportent des coûts énergétiques structurellement plus élevés que leurs concurrentes installées dans des régions mieux dotées en renouvelables. Dans un contexte où le prix de l’électricité est devenu un facteur décisif de compétitivité industrielle à l’échelle européenne, cet écart pèse lourd.

El Escudo : la fin d’une paralysie de dix-sept ans

Le tournant est venu avec la mise en service du parc éolien El Escudo, développé par la société Biocantaber, une entreprise associant Iberdrola Renovables, Ocyener et le Banco Santander. Implanté dans les communes de Campoo de Yuso, Luena, San Miguel de Aguayo et Molledo, ce parc de 96,6 mégawatts est entré en production au début de l’année 2026, après plusieurs mois de travaux menés par 210 personnes en période de pointe, selon le communiqué officiel du gouvernement cantabrique. Avec ses 23 aérogénérateurs de 150 mètres de hauteur et des pales de 68 mètres, El Escudo produit à lui seul environ 8 % de l’énergie électrique consommée en Cantabrie et peut couvrir les besoins de plus de 80 000 foyers.

Ce qui distingue ce parc des installations classiques, c’est son rendement relatif exceptionnel : 50 % supérieur à la moyenne nationale, ce qui en fait techniquement le plus performant d’Espagne selon les données d’Iberdrola. Ce niveau de performance s’explique par les conditions de vent exceptionnelles du massif de La Cordillera Cantábrica dans cette zone, mais aussi par le choix d’aérogénérateurs de dernière génération capables de s’adapter à des conditions climatiques exigeantes.

« Le développement éolien en Cantabrie est une réalité imparable, grâce à l’engagement de notre gouvernement de déployer les renouvelables avec ordre, rationalité et bon sens, en respectant la loi et en minimisant les impacts. » María José Sáenz de Buruaga, présidente du gouvernement de Cantabrie, citée par le gouvernement cantabrique — juillet 2025

Sept parcs en tramitation : la Cantabrie rattrape son retard

El Escudo n’est que le premier d’une longue série. Le gouvernement cantabrique a en cours de tramitation six autres parcs éoliens, qui représentent collectivement une puissance installée supplémentaire de 453 mégawatts. Un parc de tramitation étatique, Bustasur, avance en parallèle de cinq parcs de tramitation autonomique : Somaloma-Las Quemadas, Campo Alto, La Costana, Cuesta Mayor et Alsa. À ces projets avancés s’ajoutent six autres parcs en phase d’évaluation environnementale, représentant 153 mégawatts supplémentaires, selon le communiqué officiel du gouvernement cantabrique. Si l’ensemble de ces projets aboutit, la Cantabrie atteindrait 700 mégawatts de puissance installée d’ici 2030, soit le vingtuple de sa capacité actuelle au moment de l’élection du gouvernement Buruaga.

Le premier producteur renouvelable d’Europe, le norvégien Statkraft, s’est également positionné sur ce marché en lançant en février 2025 la procédure d’information publique pour son premier projet cantabrique, le parc éolien Piruquito, composé de neuf aérogénérateurs de 50,4 mégawatts dans les communes de Guriezo, Rasines et Ampuero, avec une batterie de stockage de 8,5 mégawatts intégrée. L’arrivée d’un opérateur de ce calibre confirme que la Cantabrie est désormais perçue comme un marché attractif et sérieux par les investisseurs renouvelables européens.

Une autonomie qui passe par l’industrie locale

Ce qui distingue la stratégie cantabrique du simple déploiement de capacités de production, c’est sa dimension explicitement industrielle et territoriale. Le gouvernement régional insiste sur le fait que les parcs éoliens ne sont pas seulement des sources d’électricité : ils sont des vecteurs de développement économique local, de création d’emplois directs et indirects, et de revenus fiscaux pour des communes rurales souvent fragilisées par l’exode démographique.

Agustín Valcarce, représentant de la société cántabra Ocyener et associé du projet El Escudo, le formule clairement lors de la visite présidentielle du chantier, selon le gouvernement cantabrique :

« Les parcs éoliens sont les principaux contributeurs des zones rurales dépeuplées d’Espagne, apportant des recettes fiscales et développant des projets sociaux pour les habitants, avec pour objectif d’établir un modèle équilibré de coexistence avec l’environnement. » Agustín Valcarce, président de l’Association Eolienne de Cantabrie et représentant d’Ocyener, cité par le gouvernement cantabrique — juillet 2025

La question de l’acceptabilité sociale reste un sujet sensible. Comme le souligne l’Association pour la Transition Energétique de Cantabrie, le phénomène “nimby” (pas dans mon jardin) touche également la Cantabrie : beaucoup de citoyens approuvent les renouvelables en principe mais s’opposent aux installations dans leur commune. Le gouvernement Buruaga a fait le choix d’affronter cette tension de front, en imposant une planification rigoureuse et en exigeant des promoteurs qu’ils respectent les normes environnementales et patrimoniales les plus strictes.

Ce que cela change pour les entreprises et les résidents français en Cantabrie

Pour les entrepreneurs français qui ont installé leur activité en Cantabrie, notamment dans les secteurs industriels, cette évolution vers une plus grande autonomie énergétique régionale est une très bonne nouvelle à moyen terme. Une région qui produit davantage sa propre énergie renouvelable est mieux armée pour offrir à ses entreprises des tarifs stables et compétitifs, moins exposés aux soubresauts des marchés énergétiques internationaux.

Pour les particuliers, la consejería de Desarrollo Rural a également lancé des programmes d’aides à l’autoconsommation solaire, permettant aux propriétaires de logements de réduire significativement leur facture d’électricité en installant des panneaux photovoltaïques avec des subventions pouvant couvrir une part importante de l’investissement, selon les programmes d’aides disponibles sur le site de la Direction Générale de l’Industrie, du Commerce et de la Consommation de Cantabrie.

La Cantabrie de 2026 n’est plus la “île énergétique” qu’elle était encore il y a quelques années. Elle prend enfin son avenir en main.

Sources et photo : Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)

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