Succession franco-espagnole : fiscalité comparée et enjeux pratiques pour les héritiers.

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La multiplication des parcours de vie entre la France et l’Espagne a profondément transformé les situations successorales. Il est aujourd’hui fréquent qu’un défunt ait vécu dans un pays, possédé des biens dans un autre, et laissé des héritiers répartis sur plusieurs territoires. Si le droit européen a permis d’unifier certaines règles, notamment en matière de loi applicable à la succession, la question fiscale reste quant à elle profondément ancrée dans les législations nationales.

Cette absence d’harmonisation fiscale constitue l’un des principaux points de vigilance dans le traitement des successions franco-espagnoles. Elle peut engendrer des conséquences financières importantes pour les héritiers, en particulier lorsque aucune anticipation n’a été réalisée en amont.

Une distinction essentielle entre droit civil et fiscalité successorale

Il est fondamental de comprendre que les règles civiles et fiscales ne répondent pas à la même logique. Le règlement européen n°650/2012, largement utilisé dans les successions internationales, permet de déterminer une loi unique applicable à l’ensemble de la succession. Cette loi régit notamment la dévolution des biens, les droits des héritiers ou encore la validité des dispositions testamentaires.

En revanche, ce texte ne traite pas de la fiscalité. Chaque État conserve sa souveraineté en matière d’imposition des successions. Cela signifie concrètement qu’une succession peut être régie par une loi civile française tout en étant soumise, en parallèle, à une imposition en Espagne.

Cette dualité constitue souvent une source d’incompréhension pour les héritiers, qui pensent, à tort, que l’unification des règles civiles implique également une unification fiscale.

Les critères d’imposition en France et en Espagne

En France, la fiscalité successorale repose principalement sur le lien entre le défunt et l’héritier, ainsi que sur leur résidence fiscale. L’administration fiscale française peut imposer une succession dans plusieurs situations. C’est notamment le cas lorsque le défunt était résident fiscal français au moment de son décès, ou lorsque l’héritier réside en France depuis
au moins six ans au cours des dix dernières années.

L’Espagne adopte une approche différente. L’imposition dépend à la fois de la résidence du défunt et de la localisation des biens. Ainsi, un bien immobilier situé en Espagne sera soumis à l’impôt espagnol, même si le défunt résidait en France.

Cette logique territoriale entraîne une situation fréquente : un même patrimoine peut être imposé dans deux pays distincts, chacun appliquant ses propres règles.

Le risque de double imposition : une réalité concrète

Prenons l’exemple d’un ressortissant français vivant en France et propriétaire d’un appartement à Valence. À son décès, ce bien sera imposé en Espagne, car il est situé sur le territoire espagnol. Dans le même temps, l’administration fiscale française pourra également prendre en compte ce bien dans le calcul global de la succession.

Sans mécanisme correcteur, cette situation conduirait à une double imposition particulièrement pénalisante. C’est précisément pour éviter ce type de difficulté que des conventions fiscales ont été mises en place entre les États.

Le rôle de la convention fiscale franco-espagnole

La France et l’Espagne ont signé une convention destinée à éviter les doubles impositions en matière de successions. Cette convention prévoit des règles de répartition du pouvoir d’imposer entre les deux États.

En pratique, elle permet d’attribuer la compétence principale à l’un des pays, tout en obligeant l’autre à accorder un crédit d’impôt correspondant à l’impôt déjà payé à l’étranger.

Cependant, il est important de souligner que ce mécanisme ne garantit pas toujours une neutralité fiscale parfaite. En effet, les différences de taux et de modalités de calcul peuvent entraîner un coût global supérieur à celui d’une succession purement nationale.

Des systèmes fiscaux profondément différents

La France et l’Espagne présentent des approches très distinctes en matière de fiscalité successorale.

En France, le système repose sur un barème progressif, avec des abattements significatifs enligne directe. Un enfant peut ainsi bénéficier d’un abattement de 100 000 euros sur la part qu’il reçoit. Au-delà, les taux augmentent progressivement en fonction du montant transmis.

L’Espagne, quant à elle, applique un système plus complexe, en grande partie décentralisé. Chaque communauté autonome dispose d’une certaine liberté pour fixer ses propres abattements et réductions. Cela signifie que la fiscalité peut varier considérablement d’une région à l’autre.

Certaines régions, comme Madrid ou l’Andalousie, offrent des réductions très importantes en ligne directe, pouvant aller jusqu’à une quasi-exonération. D’autres territoires appliquent des règles beaucoup plus strictes.

Cette disparité territoriale constitue un élément stratégique dans l’organisation patrimoniale.

L’importance déterminante de la localisation des biens

Dans une succession franco-espagnole, la localisation des actifs joue un rôle central. Un bien immobilier situé en Espagne sera, sauf exception, soumis à l’impôt espagnol. À l’inverse, les comptes bancaires ou placements financiers peuvent être imposés dans le pays de résidence
du défunt ou de l’héritier. 

Cette répartition nécessite une analyse fine de la structure du patrimoine. Une même valeur patrimoniale peut être traitée différemment selon sa nature et son implantation géographique.

Anticiper pour limiter la charge fiscale

Face à cette complexité, l’anticipation apparaît comme un levier essentiel. Plusieurs outils peuvent être envisagés pour optimiser la transmission.

Les donations réalisées du vivant permettent, dans certains cas, de bénéficier de régimes fiscaux plus favorables. La structuration du patrimoine, notamment à travers des sociétés civiles ou des mécanismes adaptés, peut également contribuer à réduire l’impact fiscal.

Le choix du lieu de résidence constitue un autre facteur déterminant. Une installation dans une région espagnole bénéficiant d’une fiscalité avantageuse peut modifier significativement le coût de la transmission.

Toutefois, ces stratégies doivent être mises en œuvre avec prudence, afin d’éviter toute remise en cause par les administrations fiscales.

Le rôle de l’avocat dans la gestion d’une succession internationale

L’intervention d’un avocat est particulièrement précieuse dans ce type de situation. Son rôle consiste à analyser la situation globale du client, en tenant compte de ses attaches personnelles, de la composition de son patrimoine et des objectifs poursuivis.

Il intervient en amont pour structurer la transmission et anticiper les conséquences fiscales. Il peut également accompagner les héritiers au moment du règlement de la succession, en coordonnant les démarches entre les différentes juridictions.

Dans un contexte franco-espagnol, cette coordination est essentielle pour assurer une cohérence dans le traitement du dossier et éviter les erreurs susceptibles d’entraîner des surcoûts.

Conclusion

La succession franco-espagnole ne se limite pas à une simple application de règles juridiques. Elle implique une articulation complexe entre deux systèmes fiscaux distincts, chacun répondant à ses propres logiques.

L’absence d’harmonisation en matière d’imposition impose une vigilance particulière. Sans anticipation, les héritiers peuvent se retrouver confrontés à une charge fiscale importante, parfois difficile à anticiper.

Dans ce contexte, une approche globale, intégrant à la fois les aspects civils et fiscaux,apparaît indispensable pour sécuriser la transmission du patrimoine et préserver les intérêts des héritiers.

Miguel Morillon. Avocat au Barreau de Madrid. 

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