La suppression de la franchise douanière sur les petits colis en provenance de pays tiers bouleverse les stratégies logistiques des géants de l’e-commerce asiatique. Face à cette nouvelle réalité réglementaire, l’Espagne s’impose comme un pivot incontournable pour la redistribution des marchandises en Europe, attirant investissements et entrepôts à grande échelle.
Une réforme douanière qui rebat les cartes du commerce en ligne
Pendant des années, des plateformes comme Shein et Temu ont bénéficié d’une franchise douanière permettant d’expédier des colis d’une valeur inférieure à 150 euros sans payer de droits de douane ni de TVA à l’entrée dans l’Union européenne. Ce régime, souvent qualifié de distorsion de concurrence par les détaillants européens, a pris fin dans le cadre d’une révision profonde de la politique commerciale de l’UE.
Selon Alimarket (03/08/2026), cette suppression a conduit Shein et Temu à revoir entièrement leur modèle de distribution en Europe. Plutôt que d’expédier chaque commande directement depuis la Chine, les deux plateformes ont décidé de constituer des stocks sur le sol européen, réduisant ainsi les délais de livraison tout en optimisant leur gestion douanière.
Ce changement structurel représente un virage majeur. Auparavant, Shein expédiait plus de 600 000 colis par jour vers l’Europe depuis ses entrepôts chinois. Désormais, une part croissante de ces volumes transite par des plateformes logistiques situées en Europe du Sud, et l’Espagne se retrouve en première ligne de cette transformation.
« L’Espagne dispose d’atouts décisifs : une position géographique stratégique entre l’Atlantique et la Méditerranée, des infrastructures portuaires de premier plan et un coût foncier encore compétitif par rapport à d’autres pays d’Europe occidentale. » Alimarket, analyse logistique, août 2026
L’Espagne présente en effet plusieurs avantages déterminants. Sa position géographique, à la croisée de l’Atlantique et de la Méditerranée, en fait une porte d’entrée naturelle pour les marchandises en provenance d’Asie. Le port d’Algésiras est l’un des plus fréquentés d’Europe, traitant plus de 5,2 millions de conteneurs EVP par an. Le port de Valence, quant à lui, est le premier port à conteneurs de la Méditerranée occidentale.
L’Espagne au coeur d’une nouvelle géographie logistique européenne
Concrètement, plusieurs projets d’entrepôts de grande envergure ont été annoncés ou sont déjà en cours de construction dans des zones logistiques clés du pays. La région de Madrid, avec ses parcs d’activités logistiques autour de Getafe, Coslada et Illescas, attire des investissements massifs. La Catalogne et la Communauté valencienne complètent ce dispositif, offrant des connexions directes avec les principaux ports méditerranéens.
Selon des données du secteur immobilier logistique espagnol, la demande de surfaces d’entrepôts en Espagne a progressé de plus de 30 % en 2025 par rapport à l’année précédente, portée en grande partie par les besoins des acteurs de l’e-commerce international. Les loyers des entrepôts logistiques dans la région de Madrid ont atteint des niveaux records, dépassant 7 euros par mètre carré par mois dans certaines zones premium.
Temu, de son côté, a annoncé la création d’un centre de distribution européen de plus de 200 000 mètres carrés en Espagne, capable de traiter plusieurs millions de colis par semaine. Ce type d’infrastructure permet à la plateforme de garantir des délais de livraison de deux à quatre jours ouvrés pour ses clients européens, contre deux à trois semaines auparavant depuis la Chine.
« Nous allons transformer notre modèle pour l’Europe. L’Espagne sera notre base arrière pour l’ensemble du continent. » Déclaration d’un responsable logistique de Temu, citée par Alimarket, août 2026
Cette dynamique ne profite pas uniquement aux plateformes asiatiques. Les opérateurs logistiques locaux et internationaux, comme Correos, MRW, DHL ou GXO, voient leurs volumes de traitement augmenter significativement. Des milliers d’emplois directs et indirects sont en jeu, dans un secteur qui emploie déjà plus de 900 000 personnes en Espagne selon les données du ministère des Transports espagnol.
La transition n’est pas sans défis. L’afflux de marchandises impose une pression croissante sur les infrastructures routières et ferroviaires autour des grandes zones logistiques. Selon des experts du secteur, des investissements publics supplémentaires seront nécessaires pour adapter les accès aux grands parcs d’activités, notamment autour de la dorsale Madrid-Barcelone-Valence.
Par ailleurs, la Commission européenne suit de près l’évolution de ces flux, notamment pour s’assurer du respect des normes de sécurité des produits, des droits des consommateurs et des règles environnementales applicables aux emballages et aux transports. Des contrôles douaniers renforcés sont attendus dans les mois à venir.
En conclusion, la suppression de la franchise douanière sur les petits colis, loin de freiner les ambitions de Shein et Temu en Europe, a accéléré leur ancrage territorial sur le continent. L’Espagne, grâce à ses infrastructures portuaires, sa position géographique et la disponibilité de foncier logistique, s’est imposée comme le hub de référence pour la redistribution de ces volumes considérables. Ce repositionnement stratégique ouvre une nouvelle phase pour la logistique espagnole, avec des retombées économiques importantes, mais aussi des enjeux réglementaires et infrastructurels que les autorités devront anticiper avec soin.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
