Et si la prochaine gigafactorie d’IA européenne s’installait en Espagne ?

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L’Union européenne franchit une étape décisive dans la course mondiale à l’intelligence artificielle. Bruxelles vient d’ouvrir officiellement l’appel à candidatures pour la création de sept gigafactories dédiées à l’IA sur le continent, et l’Espagne entend bien décrocher l’une de ces infrastructures stratégiques. Un enjeu colossal, tant sur le plan économique que technologique.

Un projet européen d’envergure pour rattraper le retard sur l’IA

L’Europe a décidé de passer à la vitesse supérieure. Après des années de débats sur la souveraineté numérique et la dépendance aux géants américains et asiatiques de la technologie, la Commission européenne a officiellement lancé la procédure de sélection pour implanter sept gigafactories d’intelligence artificielle sur le sol européen. Ces infrastructures, pensées comme des centres de calcul massivement puissants, seront dédiées à l’entraînement de modèles d’IA de grande envergure.

Selon Cadena SER, chaque gigafactory devra disposer d’une capacité de calcul d’au moins 100 000 puces graphiques (GPU) de dernière génération, ce qui en ferait parmi les centres de données les plus puissants du monde. L’investissement total prévu par l’UE pour ce programme atteint 20 milliards d’euros, répartis sur plusieurs années et cofinancés par les États membres ainsi que par des fonds privés.

Ces gigafactories ne sont pas de simples data centers. Elles ont vocation à devenir de véritables écosystèmes d’innovation, accueillant chercheurs, startups, universités et industriels autour d’une infrastructure partagée. L’objectif affiché est de permettre à l’Europe de former ses propres modèles de langage et systèmes d’IA sans dépendre exclusivement des plateformes étrangères.

« Ces gigafactories représentent notre réponse collective à la question de la souveraineté technologique. Sans infrastructure propre, l’Europe ne peut prétendre jouer un rôle de premier plan dans l’IA mondiale. » Commission européenne, présentation du programme AI Gigafactories, juillet 2026

Le calendrier est serré. Les candidatures des États membres doivent être déposées avant la fin du mois de septembre 2026, et les premières sélections sont attendues pour le début de l’année 2027. Les sites retenus devront être opérationnels dans un délai de trois à cinq ans selon les projections officielles de Bruxelles.

L’Espagne candidate avec des atouts solides mais une concurrence féroce

Madrid ne cache pas ses ambitions. Le gouvernement espagnol a confirmé qu’il présentera une candidature formelle pour accueillir l’une des sept gigafactories sur son territoire. Plusieurs régions sont déjà en lice en interne, notamment l’Aragon, la Catalogne et la Communauté de Madrid, qui disposent d’infrastructures électriques et logistiques compatibles avec les exigences colossales de ces installations.

Car les besoins en énergie sont considérables. Une gigafactory d’IA de cette dimension consomme en moyenne entre 500 mégawatts et 1 gigawatt de puissance électrique, soit l’équivalent de la consommation d’une ville de taille moyenne. L’Espagne met en avant sa capacité en énergies renouvelables, qui représentaient en 2025 plus de 56 % de sa production électrique totale, un argument de poids dans un contexte où la durabilité environnementale est scrutée de près par Bruxelles.

Selon le ministère espagnol de la Transformation numérique, le pays a déjà investi plus de 4 milliards d’euros dans son plan national pour l’IA depuis 2021, et compte plus de 1 500 entreprises actives dans ce secteur. Ces chiffres sont mis en avant pour démontrer l’existence d’un tissu industriel et académique capable d’absorber et de valoriser une telle infrastructure.

« L’Espagne a toutes les cartes en main : des énergies renouvelables abondantes, une position géographique stratégique et un capital humain qualifié. Nous avons vocation à devenir un hub européen de l’intelligence artificielle. » Ministère espagnol de la Transformation numérique, juillet 2026

Mais la compétition s’annonce rude. L’Allemagne, la France, la Pologne, les Pays-Bas et plusieurs pays nordiques ont également signalé leur intention de candidater. La France, forte de son écosystème French Tech et de ses capacités nucléaires garantissant une électricité bas carbone, est considérée comme l’un des favoris par plusieurs analystes du secteur.

Selon le think tank Bruegel, basé à Bruxelles, les critères de sélection retenus par la Commission incluront la disponibilité foncière, la connectivité réseau, la stabilité réglementaire, le coût et la durabilité de l’approvisionnement énergétique, ainsi que la qualité de l’écosystème local de recherche et d’innovation. L’Espagne marque des points sur plusieurs de ces critères, mais devra convaincre sur la rapidité de déploiement et la capacité de financement complémentaire.

Au-delà de la dimension technologique, les retombées économiques attendues sont substantielles. Chaque gigafactory devrait générer, selon les estimations de la Commission européenne, entre 3 000 et 5 000 emplois directs et indirects dans la région d’accueil, sans compter l’effet d’entraînement sur les sous-traitants locaux et les startups gravitant autour de ces pôles.

L’enjeu est donc autant industriel que politique. Pour l’Espagne, décrocher l’une de ces sept installations serait un signal fort envoyé à ses partenaires européens et aux investisseurs internationaux : celui d’un pays pleinement engagé dans la transition numérique et capable d’accueillir des projets technologiques de premier plan.

Les prochains mois seront décisifs. La bataille des candidatures ne fait que commencer, et Madrid devra mobiliser l’ensemble de ses arguments pour convaincre Bruxelles que l’Espagne est le meilleur choix pour inscrire l’Europe dans la prochaine décennie de l’intelligence artificielle.

Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)


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