Trois ans après le lancement des écoschémas de la Politique Agricole Commune (PAC), l’Espagne dresse un bilan encourageant pour l’agriculture de conservation. Le ministre Luis Planas a mis en avant la consolidation de pratiques agricoles plus durables, notamment en matière de résilience climatique et de protection des sols. Un signal fort à l’heure où les défis environnementaux s’intensifient sur l’ensemble du territoire ibérique.
Trois ans d’écoschémas : une adoption progressive mais solide
Selon Infoagro (18/06/2026), le ministre espagnol de l’Agriculture, Luis Planas, a officiellement salué la consolidation de l’agriculture de conservation après trois années d’application des écoschémas prévus par la PAC 2023-2027. Ces dispositifs incitatifs visent à encourager les agriculteurs à adopter des pratiques respectueuses de l’environnement en échange de soutiens financiers supplémentaires.
En Espagne, l’un des écoschémas les plus plébiscités est précisément celui dédié à l’agriculture de conservation, qui repose sur le maintien d’un couvert végétal permanent, la réduction du travail du sol et la limitation des intrants chimiques. Ces techniques permettent de préserver la structure du sol, de limiter l’érosion et de favoriser la séquestration du carbone.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : lors de la campagne 2025, plus de 1,2 million d’hectares ont été déclarés sous écoschéma d’agriculture de conservation en Espagne, soit une hausse significative par rapport aux 780 000 hectares enregistrés lors de la première année d’application en 2023. Cette progression de près de 54 % en deux ans illustre l’adhésion croissante du monde agricole à ces nouvelles pratiques.
Le ministre Planas a insisté sur le fait que cette dynamique n’est pas le fruit du hasard, mais le résultat d’un travail pédagogique intense mené auprès des exploitants agricoles, avec l’appui des coopératives et des organisations professionnelles. Des sessions de formation ont été organisées dans toutes les régions, et des outils numériques ont été mis à disposition pour faciliter la transition vers ces méthodes plus durables.
« L’agriculture de conservation n’est pas une contrainte imposée aux agriculteurs, c’est une opportunité pour renforcer la compétitivité de nos exploitations tout en préservant notre patrimoine naturel. » Luis Planas, ministre espagnol de l’Agriculture, juin 2026
Résilience climatique et protection des sols : des enjeux cruciaux pour l’Espagne
L’Espagne est l’un des pays européens les plus exposés aux effets du changement climatique. Sécheresses récurrentes, érosion des sols, désertification progressive de certaines zones : les défis sont nombreux et appellent des réponses concrètes. C’est précisément dans ce contexte que l’agriculture de conservation prend tout son sens.
Selon le ministère espagnol de l’Agriculture, les sols cultivés en agriculture de conservation présentent une teneur en matière organique supérieure de 20 à 30 % par rapport aux sols travaillés de manière conventionnelle. Cette différence est loin d’être anodine : une meilleure teneur en matière organique améliore la capacité de rétention en eau du sol, réduit le ruissellement et limite les pertes par évaporation, autant d’avantages décisifs dans un pays régulièrement frappé par des épisodes de sécheresse.
Par ailleurs, selon le Centre national de recherche agronomique espagnol (INIA), les pratiques de non-labour ou de labour minimal permettent de réduire les émissions de CO2 liées au travail du sol de l’ordre de 40 à 60 kg par hectare et par an. À l’échelle du million d’hectares concernés, l’impact en termes de séquestration carbone est donc considérable.
L’érosion hydrique et éolienne représente également une menace majeure pour les terres agricoles espagnoles. Selon les estimations de l’Agence européenne pour l’environnement, environ 17 % des terres agricoles espagnoles sont exposées à un risque élevé d’érosion. Les techniques de couverture permanente des sols propres à l’agriculture de conservation permettent de réduire ce risque de manière significative, en maintenant une barrière physique contre le vent et les pluies intenses.
« Protéger les sols, c’est protéger l’avenir de notre agriculture. Sans sol vivant et fertile, il n’y a pas de production alimentaire durable possible. » Rapport de l’Agence européenne pour l’environnement, 2025
Les écoschémas PAC jouent donc un rôle de catalyseur en rendant économiquement attractives des pratiques qui, sans soutien, auraient du mal à s’imposer face aux habitudes culturales traditionnelles. En Espagne, le montant moyen versé aux agriculteurs engagés dans l’écoschéma d’agriculture de conservation s’élève à environ 73 euros par hectare et par an, un complément non négligeable pour les exploitations céréalières et oléagineuses qui constituent le gros des adhérents.
À l’horizon 2027, le gouvernement espagnol ambitionne de porter la superficie sous agriculture de conservation à 1,5 million d’hectares, ce qui représenterait environ 10 % de la surface agricole utile nationale. Un objectif ambitieux mais réaliste au regard de la trajectoire observée ces trois dernières années.
En conclusion, le bilan dressé par Luis Planas après trois ans d’écoschémas PAC est globalement positif et témoigne d’une transformation en profondeur du modèle agricole espagnol. L’agriculture de conservation s’impose progressivement comme une réponse cohérente aux enjeux de résilience climatique et de préservation des sols. Si la dynamique se maintient, l’Espagne pourrait devenir un exemple à suivre pour ses partenaires européens dans la mise en oeuvre d’une agriculture à la fois productive et respectueuse de l’environnement.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
