La pire sécheresse en 64 ans frappe Murcie.

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La pire sécheresse en 64 ans frappe Murcie.

La région de Murcie, dans le sud-est de l’Espagne, traverse une crise hydrique sans précédent depuis plus de six décennies. Les agriculteurs, les éleveurs et les autorités locales font face à une situation d’urgence qui menace l’ensemble de l’économie agricole régionale et soulève des questions fondamentales sur la résilience des territoires face aux dérèglements climatiques.

Une sécheresse historique aux conséquences dévastatrices

Selon MiPeriódicoDigital, la région de Murcie connaît en ce printemps 2026 la sécheresse la plus sévère enregistrée depuis 1962. Les précipitations cumulées depuis le début de l’année hydrologique sont inférieures de plus de 60 % à la moyenne habituelle, un déficit qui n’avait jamais atteint une telle ampleur sur une période aussi longue.

Les réservoirs de la région affichent des niveaux alarmants. Le barrage de La Cierva, l’un des principaux ouvrages hydrauliques murciens, est rempli à moins de 8 % de sa capacité totale. La retenue d’Alfonso XIII, qui alimente une grande partie des zones agricoles de la Vega Media, dépasse à peine les 12 %. Ces chiffres traduisent une réalité brutale pour les milliers d’exploitants agricoles qui dépendent de ces ressources pour irriguer leurs cultures.

L’agriculture représente environ 14 % du produit intérieur brut de la région de Murcie, une proportion bien supérieure à la moyenne nationale espagnole. La région est notamment réputée pour sa production de légumes, d’agrumes et de fruits, largement exportés vers le reste de l’Europe. Les premières estimations des pertes pour la campagne 2025-2026 évoquent des chiffres compris entre 400 et 600 millions d’euros, selon les associations professionnelles agricoles locales.

« Nous n’avons jamais vu les terres aussi sèches en cette saison. Les puits que nos grands-parents ont creusés et qui n’ont jamais tari sont aujourd’hui à sec. C’est une catastrophe silencieuse. » Un agriculteur de la Vega Baja, cité par MiPeriódicoDigital

La situation est d’autant plus préoccupante que le printemps, traditionnellement marqué par quelques épisodes pluvieux, n’a apporté presque aucun soulagement cette année. Les températures enregistrées en avril et début mai 2026 ont dépassé de 3 à 4 degrés Celsius les normales saisonnières, aggravant encore l’évapotranspiration et réduisant l’efficacité des maigres ressources disponibles.

Les stratégies de résilience face à l’urgence climatique

Face à cette crise, les autorités régionales et les acteurs agricoles cherchent à adapter leurs pratiques et à mobiliser des solutions d’urgence. Le gouvernement régional de Murcie a déclaré l’état d’alerte hydrique et débloqué une enveloppe d’urgence de 45 millions d’euros destinée à soutenir les exploitations les plus touchées et à financer des infrastructures alternatives d’approvisionnement en eau.

Parmi les mesures envisagées figure l’accélération du recours au dessalement. L’Espagne dispose déjà d’un réseau important d’usines de dessalement sur sa façade méditerranéenne, mais leur capacité reste insuffisante pour compenser intégralement le déficit actuel. Selon l’Institut national de statistique espagnol, les usines de dessalement de la région de Murcie produisent actuellement environ 120 hectomètres cubes par an, une capacité qui devrait être portée à 180 hectomètres cubes d’ici 2028 selon les projets en cours.

Les agriculteurs, de leur côté, sont de plus en plus nombreux à adopter des techniques d’irrigation de précision. Le goutte-à-goutte, déjà largement répandu dans la région, est optimisé grâce à des capteurs connectés qui mesurent en temps réel l’humidité des sols et les besoins exacts des plantes. Ces technologies permettent de réduire la consommation d’eau de 20 à 30 % par rapport aux systèmes d’irrigation traditionnels, selon les données de la Confédération hydrographique du Segura.

« La sécheresse n’est plus un aléa exceptionnel, c’est une condition permanente à laquelle nous devons adapter l’ensemble de notre modèle agricole. L’irrigation intelligente et la diversification des cultures résistantes à la chaleur sont désormais une nécessité absolue. » Confédération hydrographique du Segura, rapport de mai 2026

La diversification des cultures constitue également une piste sérieuse. Certains exploitants commencent à remplacer des cultures très consommatrices d’eau, comme les agrumes ou les laitues, par des variétés plus résistantes à la sécheresse telles que le safran, l’amande ou certaines variétés d’oliviers adaptées aux conditions arides. Cette transition, si elle est nécessaire sur le long terme, implique cependant des investissements importants et une reconversion difficile pour des familles souvent installées depuis plusieurs générations.

Au niveau européen, la Commission européenne a été sollicitée pour débloquer des fonds d’urgence dans le cadre de la politique agricole commune. Selon plusieurs sources proches du dossier, une enveloppe spécifique pourrait être allouée aux régions méditerranéennes les plus touchées par la sécheresse chronique, dans le cadre du plan d’adaptation climatique de l’Union européenne pour la période 2026-2030.

La crise de Murcie illustre de manière frappante les défis auxquels font face les régions agricoles du bassin méditerranéen dans un contexte de réchauffement climatique accéléré. Entre adaptation urgente des pratiques, investissements massifs dans de nouvelles infrastructures et soutien institutionnel indispensable, la résilience de ces territoires se joue aujourd’hui dans la capacité collective à anticiper et à transformer un modèle agricole hérité d’une époque où l’eau n’était pas encore une ressource aussi rare et précieuse.

Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)


 

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