En ce mois de septembre 2026, l’Espagne dépose officiellement sa candidature pour accueillir l’une des sept gigafactories d’intelligence artificielle promues par l’Union européenne dans le cadre du programme InvestAI. Avec 719 millions d’euros d’investissement public approuvés en juin et un consortium privé mobilisant près de 5 milliards d’euros au total, Madrid joue une carte stratégique majeure dans la course européenne à la souveraineté numérique.
InvestAI : 20 milliards d’euros pour doter l’Europe d’une infrastructure IA souveraine
L’enjeu est d’une ampleur inédite. En février 2025, Ursula von der Leyen avait annoncé au Sommet IA de Paris le lancement d’InvestAI, un fonds de 20 milliards d’euros réservé à la construction de quatre à sept gigafactories d’intelligence artificielle à travers le continent. Chaque site devra héberger au minimum 75 000 à 100 000 accélérateurs en équivalent H100, avec un taux de disponibilité de 99,5 % pour l’entraînement des modèles. La Commission européenne a reçu 76 expressions d’intérêt représentant 230 milliards d’euros de propositions, issues de 60 sites répartis dans 16 États membres.
L’appel à propositions formel a été publié à l’été 2026, avec une date limite de candidature fixée au 12 novembre. Les propositions peuvent porter sur deux types d’installations : des gigafactories d’échelle moyenne, visant au moins 75 000 accélérateurs, ou de grande échelle, visant au moins 100 000. La sélection des sites est attendue fin 2026, le début de construction en 2027, et les premières installations pleinement opérationnelles entre 2028 et 2029.
Selon Silicon.fr, les candidats sont également invités à envisager l’introduction de hardware européen à partir de la deuxième phase, une manière pour Bruxelles de ne pas reproduire sa dépendance au cloud américain dans l’infrastructure IA.
« Ce ne sont pas de simples laboratoires technologiques, mais des centres nerveux capables de traiter des milliards de paramètres, de gérer d’énormes volumes de données et de déployer des applications dans des secteurs tels que la santé, l’énergie, la banque et la fabrication. » Drivingeco, analyse des gigafactories IA européennes, 2026
La candidature espagnole : 719 millions publics, 5 milliards mobilisés
L’Espagne a franchi une étape décisive le 16 juin 2026 avec l’approbation par le gouvernement d’un investissement de 719 millions d’euros pour porter sa candidature à l’appel à projets de la Commission européenne. Cette enveloppe publique fera de l’État espagnol actionnaire direct d’une société créée spécifiquement pour conduire le projet, porté par un consortium réunissant Santander, Telefónica et ACS, avec un investissement total mobilisé d’environ 5 milliards d’euros.
La candidature est multi-sites, avec des implantations envisagées en Catalogne et à Madrid. Un premier site à Tarragone est évoqué comme l’ancrage principal du projet. Selon Demócrata, Francesc Fajula, ancien directeur général de la Fondation Mobile World Capital Barcelona, a rejoint le consortium pour en assurer la direction exécutive, un signal fort du positionnement barcelonais dans ce dossier stratégique.
L’Espagne n’est pas seule en lice. L’Autriche, la République tchèque, le Danemark, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande, la France et l’Italie figurent parmi les principaux candidats. En France, le consortium AION, réunissant Scaleway, EDF, Orange, Capgemini et Ardian, porte la candidature hexagonale, avec l’ambition de ne pas reproduire « l’erreur du cloud ».
L’Espagne, terrain fertile pour l’IA, mais des risques à surveiller
La candidature à la gigafactory s’inscrit dans un contexte plus large d’accélération numérique de l’Espagne. Selon le Microsoft AI Diffusion Report, l’Espagne affichait un taux d’adoption de l’IA générative de 41,8 % fin 2025, devant les États-Unis à 28,3 %, et le pays occupe désormais le sixième rang européen par le volume investi dans l’IA et le quatrième par le nombre de tours de table.
Les hyperscalers ont déjà voté avec leurs capitaux. Microsoft a annoncé un campus IA en Aragon d’une valeur de 7,16 milliards d’euros, AWS a déployé une expansion multi-sites de 15,7 milliards d’euros, Meta investit 750 millions d’euros à Talavera de la Reina, et Google a ancré sa région opérationnelle de Madrid au câble transatlantique Grace Hopper via Bilbao. Le marché des data centers espagnols est évalué à 7,74 milliards de dollars en 2026, en croissance annuelle de 12,34 % selon Mordor Intelligence.
Mais une voix discordante mérite attention. David Mesonero, haut dirigeant d’Iberdrola, a lancé un avertissement en septembre 2026 : l’Europe court le risque de réguler les infrastructures nécessaires au développement de l’IA avant même de les avoir construites. Un rappel que la course aux gigafactories ne se gagnera pas seulement avec des milliards, mais avec la capacité à construire vite, à connecter au réseau électrique et à ne pas bureaucratiser l’ambition avant qu’elle se concrétise.
Sources et photos : Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
