Des dizaines de milliers de personnes ont envahi les rues de Palma de Majorque pour dénoncer les effets dévastateurs du tourisme de masse sur leur quotidien. Entre loyers inaccessibles et qualité de vie en chute libre, les habitants des Baléares ont crié leur ras-le-bol lors d’une mobilisation historique.
Une mobilisation sans précédent dans les rues de Palma
Le samedi 19 juillet 2026, la capitale des Baléares a été le théâtre d’une manifestation d’une ampleur rare. Selon Hosteltur, plus de 50 000 personnes ont défilé dans les rues du centre-ville sous le slogan « Majorque n’est pas à vendre », exprimant une colère profonde contre la pression touristique et la crise du logement qui étouffe la population locale.
Le cortège, parti de la place d’Espagne en début d’après-midi, a réuni des familles, des syndicats, des associations de quartier et des militants écologistes. Tous partagent le même constat : l’île est devenue invivable pour ceux qui y sont nés et y ont grandi.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les Baléares accueillent chaque année plus de 17 millions de touristes pour une population résidente d’environ 1,2 million d’habitants, soit un ratio de près de 14 visiteurs par habitant. Ce flux colossal exerce une pression considérable sur les infrastructures, les transports, les ressources en eau et, surtout, sur le marché immobilier.
« Nous ne sommes pas contre le tourisme, nous sommes contre un modèle qui nous expulse de notre propre ville. » Une manifestante résidente de Palma, lors du défilé du 19 juillet 2026
Le prix moyen d’un loyer à Palma a bondi de plus de 40 % en cinq ans, atteignant désormais 1 400 euros mensuels pour un appartement de deux pièces. Les salaires locaux, eux, peinent à suivre cette inflation galopante. De nombreux travailleurs du secteur de l’hôtellerie et de la restauration, pourtant piliers de l’économie insulaire, se retrouvent contraints de quitter l’île faute de pouvoir se loger décemment.
Une crise du logement alimentée par les plateformes de location courte durée
L’explosion des locations touristiques de courte durée est pointée du doigt comme l’un des principaux facteurs aggravants. Selon le collectif « Menys Turisme, Més Vida » (Moins de tourisme, plus de vie), qui a co-organisé la manifestation, on recense aujourd’hui plus de 30 000 logements proposés sur des plateformes comme Airbnb dans les seules îles Baléares.
Ce phénomène réduit mécaniquement l’offre de logements disponibles pour les résidents permanents, faisant grimper les loyers à des niveaux inaccessibles pour une grande partie de la population active.
« Chaque appartement transformé en location touristique, c’est une famille de plus qui doit quitter le quartier. Nous assistons à une expulsion silencieuse mais massive. » Porte-parole du collectif Menys Turisme, Més Vida
Face à cette situation, le gouvernement régional des Baléares avait pourtant annoncé en 2024 un moratoire sur les nouvelles licences de location touristique à Palma. Mais selon le journal espagnol El País, cette mesure est jugée insuffisante par les associations de résidents, qui réclament une réduction drastique du nombre de licences déjà accordées et un plafonnement légal des loyers.
Les manifestants demandent également une régulation plus stricte des croisières, dont les escales à Palma génèrent chaque été des flux de plusieurs milliers de passagers par jour. Le port de Palma accueille en haute saison jusqu’à six paquebots simultanément, déversant parfois plus de 20 000 touristes en quelques heures dans une ville qui compte 430 000 habitants.
Sur le plan des transports, les protestataires soulignent également la saturation chronique des axes routiers de l’île, où les embouteillages paralysent la circulation dès le mois de juin. Les transports en commun, insuffisamment développés selon les associations, ne permettent pas d’absorber la demande touristique tout en desservant correctement les besoins des résidents.
Le mouvement dépasse désormais les frontières de Majorque. Des rassemblements similaires ont eu lieu ces derniers mois à Barcelone, aux Canaries ou encore à Malaga, témoignant d’une prise de conscience collective en Espagne sur les limites d’un modèle touristique fondé sur la croissance quantitative permanente.
Cette manifestation marque un tournant dans le débat public espagnol sur la gestion du tourisme. Les élus locaux et régionaux sont désormais sous pression pour apporter des réponses concrètes, au-delà des déclarations d’intention. Entre la nécessité de préserver une industrie qui représente plus de 45 % du PIB des Baléares et l’urgence de garantir un droit au logement pour les habitants, le chemin vers un équilibre durable s’annonce étroit et semé d’embûches. La rue a parlé fort ce samedi à Palma : le temps des demi-mesures semble révolu.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
