La Confédération hydrographique du Segura (CHS) a proposé une réduction drastique des dotations en eau pour l’irrigation dans la région de Murcie. Une décision qui soulève une vague d’indignation chez les agriculteurs et les élus locaux, alors que le secteur agricole murcien représente l’un des piliers économiques les plus importants du sud-est espagnol.
Une réduction sans précédent qui menace l’agriculture murcienne
La Confédération hydrographique du Segura a mis sur la table une proposition alarmante : réduire de 40% les volumes d’eau alloués à l’irrigation dans le bassin du Segura. Concrètement, cela représente une coupe de 105 hectomètres cubes (hm³) par rapport aux dotations actuelles, une quantité colossale qui pourrait mettre en péril des milliers d’exploitations agricoles dans la région de Murcie et ses environs.
Selon Agronews Castilla y León, cette proposition s’inscrit dans un contexte de stress hydrique croissant dans le bassin méditerranéen, où les réserves d’eau atteignent des niveaux historiquement bas. Les autorités de la CHS justifient cette mesure par la nécessité de préserver les ressources hydriques à long terme et de respecter les exigences environnementales imposées par la directive-cadre sur l’eau de l’Union européenne.
La région de Murcie, surnommée « l’huerta de Europa » (le potager de l’Europe), produit chaque année des millions de tonnes de fruits et légumes destinés aux marchés européens. Les cultures de tomates, poivrons, laitues et agrumes dépendent quasi intégralement des systèmes d’irrigation alimentés par le Segura et les transferts hydriques depuis d’autres bassins versants.
« Une réduction de 40% de l’eau pour l’irrigation, c’est condamner des milliers d’agriculteurs murciens à la faillite. Nous ne pouvons pas accepter cette proposition sans une alternative viable. » Représentants des communautés d’irrigants du Segura, lors d’une réunion d’urgence convoquée à Murcie
Les communautés d’irrigants ont immédiatement réagi en convoquant des assemblées d’urgence. Selon leurs estimations, une telle réduction pourrait provoquer des pertes économiques de l’ordre de plusieurs centaines de millions d’euros par saison agricole, sans compter les destructions d’emplois dans un secteur qui fait vivre directement et indirectement plus de 150 000 personnes dans la région.
Murcie monte au créneau face à une politique hydrique jugée injuste
Le gouvernement régional de Murcie n’a pas tardé à dénoncer publiquement cette proposition. Les élus murciensestiment que la CHS applique une politique discriminatoire qui pénalise les agriculteurs du sud-est espagnol, déjà fragilisés par plusieurs années de sécheresse consécutives et par la réduction progressive des transferts d’eau depuis le Tage via le transvase Tajo-Segura.
Selon des données officielles publiées par le ministère espagnol de la Transition écologique, les réserves du bassin du Segura se situaient début juin 2026 à moins de 30% de leur capacité maximale, un niveau critique qui justifie, selon la CHS, des mesures de restriction. Toutefois, les irrigants contestent la méthodologie utilisée pour calculer les volumes disponibles et exigent une révision indépendante des données hydrologiques.
La controverse dépasse les frontières régionales. Des associations agricoles d’Almería, d’Alicante et même de Castille-La Manche ont exprimé leur solidarité avec les agriculteurs murciens, craignant un effet domino sur l’ensemble de l’agriculture irriguée du sud-est péninsulaire. Le secteur maraîcher espagnol représente à lui seul environ 12 milliards d’euros d’exportations annuelles, dont une part significative est générée dans les zones tributaires du Segura.
« Le bassin du Segura ne peut pas continuer à supporter seul le poids de la politique environnementale nationale. Il faut des investissements massifs dans la désalinisation et la réutilisation des eaux usées avant d’imposer des coupes aussi drastiques. » Fédération nationale des communautés d’irrigants d’Espagne (FENACORE), communiqué officiel de juin 2026
Face à la pression croissante, la CHS a accepté d’ouvrir une période de consultation avec les parties prenantes. Des réunions sont prévues dans les prochaines semaines pour examiner des alternatives, notamment l’accélération des projets de désalinisation sur la côte méditerranéenne et l’amélioration de l’efficience des systèmes d’irrigation existants, dont certains affichent encore des rendements inférieurs à 70%.
La Commission européenne suit de près l’évolution de la situation. Selon des sources proches de Bruxelles, l’Espagne est sous pression pour mettre en conformité sa gestion des ressources hydriques avec les objectifs fixés par la directive-cadre sur l’eau d’ici 2027, ce qui pourrait conduire à de nouvelles restrictions si des progrès tangibles ne sont pas constatés rapidement.
En conclusion, la proposition de la CHS de réduire de 40% les dotations en eau pour l’irrigation dans le bassin du Segura constitue un tournant majeur pour l’agriculture murcienne. Si la nécessité de préserver les ressources hydriques est indéniable dans un contexte de changement climatique, la brutalité de la coupe envisagée, soit 105 hm³ en moins, exige un accompagnement solide et des investissements concrets dans des solutions alternatives durables. L’avenir du « potager de l’Europe » se joue dans les prochaines semaines de négociation.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
