L’île de Majorque est au coeur d’un débat agricole et environnemental de grande ampleur. La société Avícola Son Perot a déposé un projet de construction d’une méga-ferme avicole capable d’accueillir jusqu’à 80 000 poules pondeuses sur la commune de Manacor. Un dossier qui soulève des questions fondamentales sur l’avenir de l’élevage intensif dans les Baléares et sur la capacité des territoires insulaires à concilier production alimentaire et préservation de l’environnement.
Un projet agricole d’envergure au coeur des Baléares
La société Avícola Son Perot a officiellement soumis une demande d’autorisation auprès des autorités compétentes de la communauté autonome des Îles Baléares pour ériger une installation avicole de grande envergure sur le territoire de Manacor, l’une des plus grandes communes de Majorque avec une superficie de plus de 260 kilomètres carrés.
Selon Europa Press / Bolsamania, le projet prévoit l’installation de 80 000 poules pondeuses dans des bâtiments d’élevage modernes, ce qui en ferait l’une des exploitations avicoles les plus importantes jamais envisagées sur l’île. L’entreprise met en avant des arguments économiques solides, notamment la création d’emplois locaux et la réduction de la dépendance de l’île aux importations de produits avicoles en provenance du continent espagnol.
La demande a été soumise dans le cadre de la procédure d’évaluation d’impact environnemental obligatoire pour tout projet d’élevage intensif dépassant certains seuils de capacité. En Espagne, les installations accueillant plus de 40 000 volailles sont soumises à la directive européenne sur les émissions industrielles, ce qui implique des contrôles stricts sur les rejets d’ammoniac, les effluents et la gestion des déchets organiques.
Ce type de projet s’inscrit dans une tendance plus large observée à l’échelle nationale. Selon le ministère espagnol de l’Agriculture, la production avicole en Espagne a augmenté de près de 12 % entre 2018 et 2023, faisant du pays l’un des premiers producteurs européens d’oeufs et de volailles.
« Les exploitations avicoles modernes permettent de garantir une traçabilité totale et une sécurité sanitaire optimale, tout en réduisant l’empreinte carbone par unité produite grâce aux économies d’échelle. » Association nationale espagnole des producteurs avicoles, rapport annuel 2024
Une opposition locale et des enjeux environnementaux majeurs
Le projet ne fait pas l’unanimité. Plusieurs associations environnementales actives à Majorque ont d’ores et déjà exprimé leur opposition ferme à cette initiative, invoquant les risques pour les nappes phréatiques, la qualité de l’air et la biodiversité locale. Manacor est une région agricole sensible, traversée par plusieurs zones humides protégées et des espaces naturels classés au titre du réseau Natura 2000.
Les opposants soulignent que Majorque, en tant qu’île, dispose de ressources en eau particulièrement limitées. Une installation de 80 000 poules génère des volumes considérables de lisier et de déjections, dont la gestion représente un défi logistique et environnemental de premier ordre. Selon le Groupe ornithologique des Baléares (GOB), l’une des associations environnementales les plus influentes de l’archipel, ce type d’infrastructure industrielle est incompatible avec le modèle de développement durable promu par les autorités régionales.
La question de l’eau est centrale. Les Îles Baléares font face à des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents. Selon Météo Espagne, l’archipel a enregistré en 2023 un déficit pluviométrique de 18 % par rapport à la moyenne des trente dernières années, accentuant la pression sur les ressources hydriques déjà fragilisées par le tourisme de masse.
Du côté des partisans du projet, on insiste sur la modernisation des techniques d’élevage et sur les retombées économiques attendues. La filière avicole représente en Espagne un chiffre d’affaires annuel de plus de 5 milliards d’euros et emploie directement et indirectement plusieurs dizaines de milliers de personnes, selon les données publiées par la Fédération nationale des organisations d’éleveurs de volailles.
« L’autosuffisance alimentaire des îles est un objectif stratégique. Réduire les importations de produits de base comme les oeufs contribue directement à la résilience du territoire face aux crises logistiques. » Chambre de commerce de Majorque, note de position sur la souveraineté alimentaire, 2025
Le dossier est désormais entre les mains des autorités régionales des Baléares, qui devront trancher entre impératifs économiques et obligations environnementales. La décision finale pourrait prendre plusieurs mois, le temps que l’évaluation d’impact environnemental soit complétée et que les consultations publiques obligatoires soient menées à leur terme.
Ce projet illustre une tension croissante dans de nombreuses régions d’Europe entre la nécessité de renforcer la résilience agricole des territoires et les exigences de protection environnementale. Majorque, symbole du tourisme européen et de la préservation des paysages méditerranéens, se retrouve ainsi au carrefour de deux visions opposées du développement rural. La décision qui sera prise à Manacor pourrait faire jurisprudence pour d’autres projets similaires envisagés dans les îles espagnoles dans les années à venir.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
