Le secteur rizicole d’Estrémadure tire la sonnette d’alarme face à une crise sans précédent.

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Le secteur rizicole d'Estrémadure tire la sonnette d'alarme face à une crise sans précédent.

Le secteur rizicole d’Estrémadure traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire. Entre la sécheresse persistante, la hausse des coûts de production et une concurrence internationale croissante, les producteurs de riz de cette région espagnole appellent à une intervention urgente des autorités. Une situation qui met en péril des milliers d’emplois et un pan entier du patrimoine agricole ibérique.

Une filière sous pression extrême

Depuis plusieurs années, le secteur rizicole d’Estrémadure accumule les difficultés. Mais la saison 2025-2026 marque un tournant particulièrement alarmant. Selon Canal Extremadura, les producteurs locaux évoquent désormais une crise sans précédent, qui menace directement la survie de nombreuses exploitations familiales de la région.

L’Estrémadure est l’une des principales zones de production rizicole d’Espagne. Elle concentre environ 25 000 hectares de rizières, principalement dans la vallée du Tage et autour du parc naturel de Monfragüe. Cette culture emploie directement et indirectement plusieurs milliers de personnes, et représente un pilier économique essentiel pour des communes rurales déjà fragilisées par l’exode démographique.

Les coûts de production ont explosé ces dernières années. L’énergie, les engrais, les semences et la main-d’œuvre ont tous connu des hausses significatives, parfois supérieures à 40 % par rapport aux niveaux d’avant 2020. Dans le même temps, les prix de vente du riz n’ont pas suivi la même trajectoire, laissant les agriculteurs dans un étau financier de plus en plus serré.

« Nous ne pouvons plus couvrir nos coûts de production. Si rien ne change d’ici la prochaine campagne, beaucoup d’entre nous seront contraints d’abandonner leurs terres. » Un producteur rizicole d’Estrémadure, cité par Canal Extremadura

La sécheresse aggrave encore la situation. La pénurie d’eau d’irrigation, directement liée aux faibles précipitations enregistrées ces derniers hivers, contraint certains agriculteurs à réduire drastiquement leurs surfaces cultivées. Selon des données de la Junta de Extremadura, les réserves hydriques de la région affichaient début 2025 un déficit de près de 30 % par rapport à la moyenne décennale.

Des appels à la résilience et à un soutien institutionnel renforcé

Face à cette situation critique, les organisations agricoles et les représentants du secteur multiplient les appels à l’action. Ils réclament notamment une révision des aides de la Politique Agricole Commune (PAC), une meilleure gestion des ressources en eau et des mesures de protection contre les importations de riz à bas coût en provenance d’Asie du Sud-Est.

Selon Cooperativas Agro-alimentarias de España, les importations de riz en provenance de pays tiers ont augmenté de manière significative ces dernières années, exerçant une pression supplémentaire sur les prix pratiqués sur le marché espagnol. Cette concurrence déloyale, dénoncent les producteurs, est rendue possible par des normes environnementales et sociales moins contraignantes à l’étranger.

Des voix s’élèvent également pour promouvoir des modèles agricoles plus résilients. Parmi les pistes évoquées figurent la diversification des cultures, le développement de circuits courts de commercialisation et l’adoption de techniques d’irrigation plus économes en eau, comme l’irrigation par submersion contrôlée ou les systèmes goutte-à-goutte adaptés aux rizières.

« Le riz d’Estrémadure est un produit de qualité reconnu, mais sans soutien institutionnel adapté, nous risquons de perdre ce savoir-faire centenaire en quelques années. » Représentant d’une coopérative rizicole régionale, cité par Canal Extremadura

La transition vers une agriculture plus durable est présentée comme une nécessité, mais aussi comme un défi supplémentaire pour des exploitants déjà à bout de souffle financièrement. Investir dans de nouveaux équipements ou modifier ses pratiques culturales requiert des ressources que beaucoup n’ont tout simplement plus.

Selon le ministère espagnol de l’Agriculture, la riziculture représente en Espagne une production annuelle d’environ 800 000 tonnes, dont une part importante est issue des régions de Valence, d’Andalousie et d’Estrémadure. La perte de compétitivité de ces zones de production aurait des répercussions bien au-delà des seules exploitations agricoles, affectant également les industries de transformation et les filières d’exportation.

Les autorités régionales ont annoncé vouloir engager un dialogue avec les représentants du secteur afin d’identifier des mesures d’urgence. Mais pour de nombreux producteurs, les décisions tardent à venir, et chaque saison perdue représente un pas de plus vers l’abandon définitif de leurs terres.

La crise du riz en Estrémadure est le reflet d’un malaise plus profond qui touche l’agriculture européenne dans son ensemble. Entre les défis climatiques, les pressions économiques et les exigences environnementales croissantes, les agriculteurs se retrouvent en première ligne d’une transformation radicale pour laquelle ils réclament, avant tout, un accompagnement à la hauteur des enjeux.

Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)


 

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