Le COAPI met en garde contre l’effet boomerang des zones tendues en Asturies.

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En Espagne, la mise en place de zones tendues pour encadrer les loyers suscite un vif débat. En Asturies, le Collège officiel des agents de la propriété immobilière, le COAPI, tire la sonnette d’alarme et prédit des conséquences inverses à celles escomptées par les autorités régionales. Une analyse qui mérite attention, à l’heure où la crise du logement frappe de plein fouet les ménages espagnols.

Un dispositif censé protéger les locataires, mais qui inquiète les professionnels

Depuis plusieurs mois, la communauté autonome des Asturies envisage de déclarer certaines zones de son territoire comme « zones tensionnées », un mécanisme prévu par la loi nationale sur le logement adoptée en Espagne en mai 2023. Ce dispositif permet aux régions de plafonner les loyers dans les secteurs où la demande dépasse largement l’offre disponible, afin de protéger les ménages les plus vulnérables face à la flambée des prix.

Mais pour le COAPI des Asturies, cette mesure risque de produire exactement l’effet inverse. Selon Cadena SER (Radio Asturias), le président du collège professionnel a exprimé de sérieuses réserves quant à l’efficacité de ce type d’intervention réglementaire, estimant qu’elle pourrait engendrer « peur, méfiance et fuite du logement » sur le marché locatif local.

« Cette mesure provoquera de la peur, de la méfiance et une fuite du logement. Les propriétaires vont se retirer du marché locatif, ce qui aggravera encore la pénurie. » COAPI Asturies, déclaration à Cadena SER (Radio Asturias)

En clair, les professionnels de l’immobilier craignent que les propriétaires, face au plafonnement des loyers et à l’incertitude juridique qui en découle, décident tout simplement de retirer leurs biens du marché locatif. Certains pourraient opter pour la vente, d’autres pour la location touristique saisonnière, moins encadrée et plus rentable à court terme. Le résultat serait alors une contraction de l’offre locative, précisément au moment où les Asturiens en ont le plus besoin.

Cette problématique n’est pas propre aux Asturies. En Catalogne, pionnière en matière de zones tendues, les premières études ont montré des résultats mitigés. Selon des données publiées par le portail immobilier Idealista, le nombre d’annonces de location longue durée à Barcelone a chuté de près de 30 % dans les mois suivant l’entrée en vigueur du plafonnement des loyers, illustrant concrètement ce phénomène de retrait des propriétaires.

Un marché du logement asturien sous pression croissante

Les Asturies ne sont pas épargnées par la crise du logement qui touche l’ensemble de l’Espagne. Dans la capitale régionale, Oviedo, les loyers ont progressé de plus de 20 % en trois ans selon les données du ministère espagnol du Logement. À Gijón, deuxième ville de la région, la situation est similaire, avec une offre locative qui se raréfie face à une demande soutenue, notamment de la part des jeunes actifs et des étudiants.

Le taux d’effort locatif, c’est-à-dire la part du revenu consacrée au loyer, dépasse désormais les 30 % pour une majorité de locataires asturiens, seuil au-delà duquel on considère qu’un ménage est en situation de stress financier lié au logement. Ce chiffre illustre l’urgence de trouver des solutions efficaces et durables.

Pourtant, le COAPI insiste sur le fait que le plafonnement des loyers n’est pas la bonne réponse. L’organisation professionnelle plaide plutôt pour des mesures incitatives à destination des propriétaires, comme des avantages fiscaux pour ceux qui maintiennent leurs biens sur le marché locatif à des prix raisonnables, ou encore un soutien accru à la construction de logements abordables par le secteur public.

« Il faut augmenter l’offre de logements, pas décourager les propriétaires de louer. La solution passe par la construction et les incitations fiscales, pas par la coercition. » COAPI Asturies, communiqué officiel

Selon le journal économique espagnol Expansión, plusieurs études européennes convergent vers cette conclusion : les politiques de contrôle des loyers, lorsqu’elles ne s’accompagnent pas d’un effort massif de construction de logements sociaux, tendent à aggraver la pénurie sur le moyen terme plutôt qu’à la résoudre.

La balle est désormais dans le camp du gouvernement régional asturien, qui doit arbitrer entre la pression sociale des locataires en difficulté et les avertissements des professionnels du secteur. Une décision qui aura des conséquences durables sur le marché immobilier de la région.

En définitive, le débat autour des zones tendues en Asturies illustre la complexité de la crise du logement en Espagne. Si l’intention de protéger les locataires est louable, les effets de bord potentiels d’un encadrement strict des loyers ne doivent pas être négligés. Une approche équilibrée, combinant régulation et incitation, semble indispensable pour espérer résoudre durablement la pénurie de logements abordables dans la région.

Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)


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