La région de Galice, dans le nord-ouest de l’Espagne, mise sur une plante oubliée pour tisser un avenir plus durable. Avec un investissement de près d’un million d’euros et le soutien de la maison de mode Adolfo Dominguez, les autorités galiciennes entendent redonner vie à une filière agricole qui fut jadis au coeur de l’économie locale. Ce projet ambitieux illustre la convergence entre agriculture de résilience, économie circulaire et industrie textile responsable.
Un héritage agricole remis au goût du jour
Le lin a longtemps été l’une des cultures emblématiques de la Galice. Pendant des siècles, les paysans de cette région brumeuse et verdoyante cultivaient cette plante fibreuse pour en extraire du tissu, du fil et de l’huile. Mais l’industrialisation, puis la mondialisation, ont progressivement marginalisé cette production locale, au profit de matières premières importées à moindre coût.
Aujourd’hui, la donne change. Selon Cadena SER (Radio Coruña), la Xunta de Galice a annoncé un programme de relance de la culture du lin doté d’un budget de près d’un million d’euros. Ce plan prévoit le financement de parcelles expérimentales, la formation d’agriculteurs et le développement d’une chaîne de transformation locale, de la graine au tissu fini.
Le projet associe directement la marque de prêt-à-porter Adolfo Dominguez, fondée à Orense et aujourd’hui reconnue internationalement pour son engagement en faveur d’une mode plus éthique. La collaboration vise à créer un circuit court : le lin cultivé en Galice serait transformé sur place, puis utilisé dans les collections de la marque.
« Le lin galicien possède des qualités exceptionnelles liées à notre climat humide et à nos sols. C’est une opportunité unique de réconcilier agriculture locale et mode responsable. » Porte-parole de la Xunta de Galice, juin 2026
Selon les premières estimations avancées par les autorités régionales, le programme devrait concerner une superficie initiale d’environ 200 hectares de terres agricoles, avec l’objectif d’atteindre 500 hectares d’ici 2028. Ces chiffres restent modestes à l’échelle européenne, mais représentent une rupture significative avec les décennies d’abandon de cette culture en Galice.
Résilience agricole et mode durable, un duo porteur d’avenir
Ce projet s’inscrit dans un contexte plus large de transition écologique du secteur textile européen. Selon le média spécialisé Textile Exchange, les fibres naturelles comme le lin connaissent un regain d’intérêt mondial, portées par la demande croissante des consommateurs pour des vêtements traçables et moins polluants.
Le lin présente en effet de nombreux atouts environnementaux. Sa culture nécessite peu d’irrigation, notamment dans des régions pluvieuses comme la Galice, et très peu de pesticides comparé au coton conventionnel. Sa transformation génère peu de déchets, et la plante entière peut être valorisée : les fibres pour le textile, les graines pour l’alimentation ou l’huile, et les résidus pour des usages industriels ou agricoles.
La collaboration avec Adolfo Dominguez n’est pas anodine. La marque, qui réalise un chiffre d’affaires annuel d’environ 120 millions d’euros, a fait de la durabilité un axe central de sa stratégie depuis plusieurs années. Elle s’est engagée à augmenter la part de matières certifiées ou issues de l’agriculture durable dans ses collections, avec un objectif de 80 % de matières responsables d’ici 2027.
« Travailler avec du lin galicien, c’est renouer avec nos racines tout en répondant aux attentes d’une clientèle de plus en plus sensible à l’origine des matières. » Direction créative d’Adolfo Dominguez, communiqué de presse, 2026
Selon l’Institut galicien de promotion économique (Igape), ce type de partenariat public-privé pourrait générer jusqu’à 300 emplois directs et indirects dans la région à moyen terme, notamment dans les secteurs de la transformation et de la logistique. Des coopératives agricoles locales seraient associées dès la première phase du projet.
Le calendrier prévoit une première récolte expérimentale dès l’automne 2026, suivie d’une évaluation des rendements et de la qualité des fibres. Si les résultats sont concluants, une extension du programme à d’autres provinces galiciennes est envisagée, avec un soutien potentiel de fonds européens dédiés à la transition agricole.
Ce projet galicien illustre une tendance de fond en Europe : la volonté de reconstruire des filières agricoles locales capables de nourrir non seulement les marchés alimentaires, mais aussi les industries manufacturières. Dans un contexte de perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales, la relocalisation de la production de matières premières textiles apparaît comme un levier de résilience économique autant qu’environnementale.
La Galice, région historiquement marquée par l’exode rural et la déprise agricole, pourrait ainsi trouver dans le lin une culture porteuse de sens et d’emplois. Le défi reste néanmoins entier : convaincre les agriculteurs locaux de se lancer dans une filière encore fragile, former une main-d’oeuvre qualifiée pour la transformation, et garantir des débouchés commerciaux stables au-delà du seul partenariat avec Adolfo Dominguez. La réussite de ce projet dépendra en grande partie de la capacité des acteurs publics et privés à construire ensemble une chaîne de valeur durable et équitable, du champ à la boutique.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
