L’Espagne franchit un nouveau cap dans sa politique de transition énergétique. Le ministère de la Transition écologique vient de lancer un appel à subventions doté de 18,4 millions d’euros, financé par les Fonds FEDER de l’Union européenne. Cette initiative vise à soutenir le développement des énergies renouvelables sur l’ensemble du territoire, avec une attention particulière portée aux régions insulaires et aux zones rurales, où la résilience agricole et énergétique constitue un enjeu majeur.
Un financement européen au service de la transition verte
Selon Cadena SER (Canarias), cet appel à subventions représente l’une des enveloppes les plus significatives débloquées en Espagne dans le cadre des Fonds FEDER pour l’année 2026. Les 18,4 millions d’euros seront répartis entre des projets liés à l’énergie solaire, à l’éolien terrestre et aux systèmes de stockage d’énergie, avec une priorité accordée aux installations de taille moyenne bénéficiant directement aux communautés locales.
Le gouvernement espagnol s’est fixé des objectifs ambitieux : atteindre 74 % de production électrique issue des énergies renouvelables d’ici 2030, contre environ 50 % enregistrés en 2024. Pour y parvenir, des mécanismes de financement comme celui-ci sont indispensables, notamment dans des territoires comme les Canaries, où la dépendance aux énergies fossiles importées reste encore très forte.
Cette convocation s’inscrit dans le cadre du Plan National Intégré Énergie-Climat (PNIEC) révisé, qui prévoit une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 32 % par rapport aux niveaux de 1990 d’ici 2030. Les projets éligibles doivent démontrer leur capacité à réduire les émissions de CO2 d’au moins 30 % par rapport à la situation de référence.
« La transition énergétique ne peut pas se faire sans les territoires ruraux et insulaires. Ce sont eux qui subissent le plus les conséquences de notre dépendance aux combustibles fossiles, et ce sont eux qui doivent bénéficier en priorité des nouvelles infrastructures renouvelables. » Ministère de la Transition écologique, présentation de la convocation 2026
Selon le ministère espagnol de la Transition écologique, les candidatures seront acceptées jusqu’au 30 juin 2026, et les projets retenus devront être opérationnels avant la fin de l’année 2028. Une enveloppe minimale de 500 000 euros est requise pour chaque dossier soumis, ce qui favorise les projets structurants plutôt que les initiatives ponctuelles.
Résilience agricole et énergétique : un lien indissociable
L’un des aspects les plus novateurs de cet appel à subventions réside dans son articulation avec les enjeux de résilience agricole. En Espagne, le secteur agricole représente environ 2,6 % du PIB national, mais il est particulièrement vulnérable aux aléas climatiques et aux fluctuations des prix de l’énergie. Les exploitations agricoles consomment en moyenne 15 % de l’électricité totale dans certaines régions du sud du pays.
Dans ce contexte, plusieurs projets agri-voltaïques sont attendus parmi les candidatures. Ces installations combinent production agricole et génération d’énergie solaire sur une même parcelle, permettant ainsi aux agriculteurs de diversifier leurs revenus tout en contribuant à la transition énergétique. Selon des données publiées par le Centre de Recherche Énergétique, Environnementale et Technologique (CIEMAT), les systèmes agri-voltaïques peuvent réduire les besoins en irrigation de 20 à 30 % grâce à l’ombrage partiel qu’ils procurent aux cultures.
Les Canaries, en particulier, sont citées comme un territoire pilote pour ce type d’approche intégrée. L’archipel dépend encore à plus de 60 % des centrales thermiques fonctionnant au fioul pour sa production électrique, selon les données de Red Eléctrica de España. Cette situation engendre des coûts énergétiques parmi les plus élevés d’Espagne, pénalisant directement les agriculteurs locaux et fragilisant la compétitivité des productions insulaires.
« Aux Canaries, chaque kilowattheure produit localement à partir de sources renouvelables est un kilowattheure de moins importé à grands frais depuis le continent. L’enjeu est à la fois économique, environnemental et social. » Red Eléctrica de España, rapport annuel sur les territoires non interconnectés
Selon l’Institut pour la Diversification et l’Économie de l’Énergie (IDAE), chaque euro investi dans les énergies renouvelables dans les régions insulaires génère en moyenne 2,3 euros de retombées économiques locales, grâce notamment à la création d’emplois dans l’installation et la maintenance des équipements.
Les collectivités locales et les coopératives agricoles sont explicitement encouragées à soumettre des dossiers conjoints, ce qui constitue une nouveauté par rapport aux appels précédents. Cette approche collaborative vise à renforcer l’ancrage territorial des projets et à garantir que les bénéfices de la transition énergétique profitent directement aux populations rurales.
En conclusion, cette convocation de 18,4 millions d’euros financée par les Fonds FEDER marque une étape importante dans la stratégie espagnole de transition énergétique. En liant explicitement soutien aux énergies renouvelables et résilience des territoires agricoles, le gouvernement espagnol envoie un signal fort : la transformation du modèle énergétique du pays ne se fera pas au détriment des zones rurales et insulaires, mais bien avec elles et pour elles. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer la qualité des projets soumis et la capacité des acteurs locaux à s’emparer de cette opportunité historique.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
