Testament français ou testament espagnol : quel choix privilégier dans une situation franco-espagnole ?

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La mobilité internationale conduit aujourd’hui de nombreuses personnes à organiser leur vie entre plusieurs pays. Entre la France et l’Espagne, cette réalité est particulièrement fréquente : expatriation, acquisition d’un bien immobilier, mariage binational ou installation à la retraite créent des situations patrimoniales de plus en plus complexes.

Dans ce contexte, la question du testament devient essentielle. Beaucoup de personnes pensent qu’un testament rédigé dans leur pays d’origine suffira automatiquement à régler leur succession à l’étranger. Pourtant, dans une situation internationale, le choix du testament et de la loi applicable peut avoir des conséquences majeures sur la transmission du patrimoine.

Entre le testament français et le testament espagnol, il n’existe pas de solution universelle. Le choix dépend de la situation personnelle, de la composition du patrimoine et des objectifs poursuivis. Une analyse préalable permet de sécuriser la succession et d’éviter de nombreuses difficultés pour les héritiers.

Le testament : un outil essentiel dans une succession internationale

Le testament permet à une personne d’organiser la transmission de son patrimoine après son décès. Il peut notamment préciser la répartition des biens, protéger certains proches ou désigner la loi applicable à la succession.

Dans un contexte franco-espagnol, son importance est renforcée par l’existence de plusieurs systèmes juridiques susceptibles d’intervenir. En l’absence de testament, les règles légales de succession s’appliqueront automatiquement, parfois de manière contraire aux souhaits du défunt.

Le testament constitue donc un outil d’anticipation essentiel pour sécuriser une succession internationale.

Le règlement européen sur les successions : un changement majeur

Depuis l’entrée en vigueur du règlement européen n°650/2012, la succession internationale au sein de l’Union européenne repose sur un principe d’unité. Une seule loi est destinée à régir l’ensemble de la succession.

En principe, cette loi est celle de la résidence habituelle du défunt au moment du décès. Ainsi, un ressortissant français installé durablement en Espagne pourra voir sa succession soumise au droit espagnol, même si une partie de son patrimoine est située en France.

Toutefois, le règlement offre une possibilité essentielle : la professio juris. Grâce à celle-ci, une personne peut choisir que sa succession soit régie par la loi de l’un des États dont elle possède la nationalité.

Ce choix doit être exprimé dans un testament.

Le testament français : avantages et limites

Le testament français présente plusieurs avantages pour les ressortissants français vivant en Espagne ou possédant des biens dans ce pays.
Il permet notamment de :
● choisir l’application du droit français à la succession ;
● organiser la transmission selon des mécanismes familiers ;
● protéger le conjoint survivant dans le cadre prévu par le droit français ;
● limiter certaines incertitudes liées aux différences régionales du droit espagnol.

Le droit français est généralement perçu comme relativement protecteur des héritiers réservataires, notamment des enfants. Il offre également un cadre juridique stable et bien connu des ressortissants français.

Toutefois, un testament français n’élimine pas automatiquement toutes les difficultés. Lorsqu’un patrimoine est situé en Espagne, certaines démarches devront nécessairement être réalisées auprès des autorités espagnoles.

Par ailleurs, les questions fiscales continueront à relever des règles de chaque État.

Le testament espagnol : un intérêt pratique important

Le testament espagnol présente également des avantages, notamment pour les personnes résidant durablement en Espagne ou y détenant l’essentiel de leur patrimoine.

Il facilite souvent les démarches administratives locales et peut simplifier le règlement de la succession auprès des autorités espagnoles.

En pratique, les notaires espagnols sont habitués à traiter les successions comportant des éléments internationaux, notamment dans les régions accueillant une forte population étrangère.

Le testament espagnol peut également être utile pour organiser spécifiquement la transmission des biens situés en Espagne.

Toutefois, il doit être rédigé avec prudence afin d’éviter toute contradiction avec un éventuel testament français existant.

Peut-on avoir un testament français et un testament espagnol ?

Il est tout à fait possible d’avoir plusieurs testaments dans différents pays. Cette situation est fréquente dans les successions internationales.

Cependant, cette coexistence doit être organisée avec une grande vigilance. Deux testaments mal coordonnés peuvent se contredire ou entraîner l’annulation involontaire de certaines dispositions.

Il est donc essentiel que les différents actes soient rédigés de manière cohérente et complémentaire.

Dans certains cas, il peut être pertinent :
● d’avoir un testament principal organisant l’ensemble de la succession ;
● et un testament local limité aux biens situés dans un pays spécifique.

Cette stratégie doit être encadrée juridiquement afin d’éviter tout conflit d’interprétation.

Les différences successorales entre la France et l’Espagne

Le choix entre un testament français et espagnol dépend également des différences entre les systèmes successoraux.

En France, la réserve héréditaire protège fortement les enfants. Une partie du patrimoine leur revient obligatoirement.

En Espagne, les règles successorales varient selon les communautés autonomes. Certaines régions offrent davantage de liberté testamentaire, tandis que d’autres maintiennent des mécanismes protecteurs similaires au droit français.

Cette diversité régionale constitue un élément fondamental dans l’analyse successorale.

La protection du conjoint survivant

Le testament joue également un rôle important dans la protection du conjoint survivant.

Selon le droit applicable, les droits du conjoint peuvent varier significativement. Dans certains cas, l’absence d’anticipation peut conduire à une protection insuffisante du conjoint, notamment en présence d’enfants issus d’une précédente union.

Une rédaction adaptée permet d’organiser la transmission du patrimoine tout en tenant compte des équilibres familiaux.

Les conséquences fiscales : une problématique distincte

Le choix du testament et de la loi applicable n’a pas d’incidence directe sur la fiscalité successorale. Chaque État conserve ses propres règles fiscales.

Ainsi, même lorsqu’une succession est soumise au droit français, des droits de succession peuvent être dus en Espagne sur certains biens.

Cette distinction entre droit civil et fiscalité est souvent source de confusion.

Une stratégie successorale efficace doit donc intégrer ces deux dimensions.

L’importance d’une stratégie patrimoniale globale

Le testament ne doit pas être envisagé isolément. Il s’inscrit dans une stratégie patrimoniale plus large, qui peut inclure :
● le régime matrimonial,
● les donations,
● la structuration des actifs,
● ou encore la détention immobilière.

Une approche globale permet d’assurer la cohérence de l’ensemble et de limiter les risques de conflit ou de double imposition.

Le rôle de l’avocat dans la préparation de la succession

L’accompagnement par un avocat permet d’identifier les règles applicables et de déterminer la stratégie la plus adaptée à la situation du client.
Il intervient notamment dans :
● l’analyse patrimoniale,
● la rédaction du testament,
● le choix de la loi applicable,
● et la coordination entre les différents pays concernés.

Dans un contexte franco-espagnol, cette expertise est essentielle pour garantir la validité et l’efficacité des dispositions mises en place.

Conclusion

Le choix entre un testament français et un testament espagnol ne peut être effectué sans une analyse approfondie de la situation personnelle et patrimoniale du futur défunt.

Dans un contexte international, le testament constitue un outil essentiel pour organiser la transmission du patrimoine, sécuriser les droits des héritiers et éviter les difficultés administratives ou familiales.

Une anticipation adaptée et un accompagnement juridique permettent d’assurer une succession cohérente, efficace et conforme aux volontés du défunt.

Miguel Morillon, Avocat au Barreau de Madrid

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