Camions électriques : partager les chargeurs entre entreprises, une alternative face au manque d’infrastructure publique.

Camions électriques : partager les chargeurs entre entreprises, une alternative face au manque d'infrastructure publique

Le déploiement des camions électriques en Espagne se heurte à un obstacle majeur : la quasi-absence de bornes de recharge publiques adaptées aux poids lourds. Face à cette réalité, une solution pragmatique émerge parmi les transporteurs : le partage de chargeurs privés entre entreprises. Une approche qui pourrait transformer la logistique du transport de marchandises sur la route ibérique.

Une infrastructure publique de recharge largement insuffisante

Le transport routier de marchandises représente environ 85 % du fret terrestre en Espagne, et la pression réglementaire européenne pousse les opérateurs à accélérer leur transition vers des véhicules zéro émission. Pourtant, le réseau de chargeurs publics destinés aux camions électriques reste dramatiquement sous-développé sur l’ensemble du territoire ibérique.

Selon Autónomos en Ruta, le nombre de points de recharge publics compatibles avec les poids lourds électriques en Espagne ne dépasse pas quelques centaines, concentrés essentiellement autour des grandes métropoles comme Madrid, Barcelone et Valence. Les axes routiers secondaires, pourtant essentiels pour la distribution régionale, restent quasiment dépourvus d’infrastructures adaptées.

L’Union Européenne impose, via le règlement AFIR, que des stations de recharge pour poids lourds soient installées tous les 60 kilomètres sur les grands corridors du réseau transeuropéen de transport d’ici 2025 pour les axes prioritaires, et d’ici 2030 pour l’ensemble du réseau. L’Espagne accuse un retard significatif dans cette mise en conformité, laissant les transporteurs dans une situation précaire.

Cette pénurie crée une forme de paradoxe : les constructeurs proposent désormais des modèles comme le Volvo FH Electric, le Mercedes-Benz eActros 600 ou le DAF XE Electric, capables de parcourir entre 300 et 600 kilomètres par charge, mais les opérateurs hésitent à investir faute de pouvoir garantir la continuité de leurs tournées.

« Le principal frein à l’adoption des camions électriques n’est pas le prix du véhicule ni l’autonomie, mais bien l’impossibilité de recharger en dehors de nos propres installations. » Témoignage d’un transporteur espagnol, rapporté par Autónomos en Ruta

Les coûts d’installation d’un chargeur haute puissance pour poids lourds, entre 150 000 et 400 000 euros selon la puissance et les travaux de raccordement nécessaires, rendent l’investissement individuel difficilement rentable pour une PME du secteur.

Le partage de chargeurs privés, une solution qui gagne du terrain

Face à ce blocage structurel, plusieurs entreprises de transport espagnoles ont commencé à expérimenter une approche collaborative : la mutualisation des infrastructures de recharge privées. Le principe est simple mais efficace. Une entreprise qui a investi dans des chargeurs sur son site logistique ouvre cet accès à d’autres transporteurs, en échange d’une compensation financière ou d’un accord de réciprocité.

Selon des données relayées par le secteur, ce modèle permettrait de réduire de 40 à 60 % le coût d’accès à la recharge pour les entreprises participantes, tout en optimisant le taux d’utilisation des équipements installés. Un chargeur privé utilisé uniquement par son propriétaire fonctionne en moyenne à 20 % de sa capacité potentielle. En l’ouvrant à des partenaires, ce taux peut grimper à plus de 60 %.

Des plateformes numériques commencent à faciliter ces arrangements. Selon le cabinet d’analyse Transport Intelligence, des solutions de type « charge-as-a-service » se développent en Europe du Nord depuis 2022 et commencent à s’implanter progressivement dans les pays méditerranéens.

« Partager nos bornes avec d’autres transporteurs de confiance, c’est transformer un coût fixe en source de revenus complémentaires tout en faisant avancer la transition énergétique collective. » Directeur logistique d’une entreprise de distribution catalane, cité dans un forum professionnel sectoriel

Le cadre juridique espagnol n’interdit pas ces pratiques, mais il manque encore d’un encadrement spécifique. Des associations professionnelles comme la CETM, la Confédération Espagnole du Transport de Marchandises, plaident pour la création d’un statut clair pour ces opérateurs de recharge inter-entreprises, afin de sécuriser les accords et de faciliter l’accès aux aides publiques.

Certaines communautés autonomes, notamment la Catalogne et le Pays Basque, ont commencé à intégrer ces modèles collaboratifs dans leurs plans régionaux de mobilité durable, avec des subventions pouvant couvrir jusqu’à 30 % des coûts d’installation lorsque l’infrastructure est ouverte à des tiers.

La Commission Européenne, de son côté, examine des mécanismes pour encourager ces partages via des crédits carbone ou des bonifications fiscales, reconnaissant leur rôle dans l’accélération de la transition sans attendre la construction d’un réseau public complet.

Le chemin reste long. L’Espagne devra multiplier par dix au moins son nombre de points de recharge pour poids lourds d’ici 2030 pour respecter ses engagements européens. En attendant, le partage entre entreprises s’impose comme une réponse pragmatique, ancrée dans la solidarité professionnelle et le pragmatisme économique qui caractérisent souvent le secteur du transport routier face aux défis réglementaires.

Sources et photos : Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)


lire plus >

À ne pas manquer

Locations touristiques : près de 33 000 places en moins cet été en Espagne

La location touristique en Espagne perd près de 33 000 places cet

FMI : l’Espagne va croître six fois plus vite que la France en 2026

La croissance espagnole sera plus de six fois supérieure à celle de