Dans un contexte de crises agricoles répétées et de dépendance croissante aux importations alimentaires, Lorenzo Rivera, représentant de la COAG (Coordinadora de Organizaciones de Agricultores y Ganaderos), propose un concept novateur : la « sécurité sociale alimentaire ». Une vision qui place la production locale, la souveraineté alimentaire et la dignité des agriculteurs au coeur des politiques publiques espagnoles et européennes.
Un concept qui redéfinit la place de l’agriculture dans la société
Selon Agronews Castilla y León (Agronewscastillayleon.com), Lorenzo Rivera, figure engagée de la COAG, défend l’idée que l’alimentation doit être traitée comme un bien public fondamental, au même titre que la santé ou l’éducation. Cette approche, qu’il nomme « sécurité sociale alimentaire », vise à garantir à chaque citoyen un accès stable, sain et abordable à une nourriture produite localement.
Cette notion s’inscrit dans un débat plus large sur la souveraineté alimentaire de l’Espagne. En 2024, le pays importait près de 40 % de certains produits frais consommés sur son territoire, une proportion jugée préoccupante par les organisations agricoles. Rivera souligne que cette dépendance fragilise non seulement les consommateurs, mais aussi les agriculteurs espagnols, incapables de concurrencer des productions étrangères soumises à des normes sociales et environnementales bien moins strictes.
La COAG, qui représente plus de 200 000 agriculteurs et éleveurs à travers l’Espagne, rappelle que le secteur primaire emploie directement environ 750 000 personnes dans le pays. Pourtant, les revenus agricoles ont chuté de près de 15 % en termes réels au cours des cinq dernières années, selon les données du ministère espagnol de l’Agriculture.
« L’alimentation ne peut pas être traitée comme une simple marchandise soumise aux seules lois du marché. Elle est un droit, et sa production doit être protégée comme un pilier de notre modèle social. » Lorenzo Rivera, COAG
Rivera insiste sur le fait que la politique agricole commune (PAC) européenne, dans sa forme actuelle, ne répond pas suffisamment à ces enjeux. Dotée d’un budget d’environ 387 milliards d’euros pour la période 2021-2027, la PAC continue de favoriser les grandes exploitations au détriment des petits producteurs familiaux, qui représentent pourtant plus de 70 % des exploitations agricoles en Europe.
Des propositions concrètes pour une politique agricole rénovée
Pour concrétiser ce concept de sécurité sociale alimentaire, la COAG avance plusieurs propositions structurantes. La première consiste à instaurer des prix minimaux garantis pour les produits agricoles de base, afin d’éviter que les agriculteurs vendent en dessous de leurs coûts de production. Selon les estimations de l’organisation, environ 60 % des producteurs de fruits et légumes espagnols ont vendu à perte au moins une fois au cours des trois dernières années.
La deuxième proposition porte sur la mise en place d’une étiquetage renforcé et obligatoire indiquant l’origine précise des produits alimentaires. L’objectif est de permettre aux consommateurs de faire des choix éclairés et de soutenir activement la production nationale. Des études montrent que lorsque les consommateurs sont clairement informés, plus de 65 % d’entre eux privilégient les produits locaux à prix équivalent.
La troisième piste concerne la révision des accords commerciaux internationaux. La COAG dénonce notamment l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, qui pourrait inonder le marché européen de produits agricoles sud-américains produits avec des standards environnementaux et sanitaires inférieurs à ceux imposés aux agriculteurs européens.
« Si nous acceptons sur nos marchés des produits qui ne respectent pas nos normes, nous condamnons nos agriculteurs à disparaître et nous mettons en danger la sécurité alimentaire de toute l’Europe. » Lorenzo Rivera, COAG, Agronews Castilla y León
Selon le ministère espagnol de l’Agriculture, l’Espagne est le quatrième producteur agricole de l’Union européenne, avec une valeur de production annuelle dépassant les 55 milliards d’euros. Ce poids économique considérable contraste avec la précarité vécue par de nombreux agriculteurs, notamment en Castille-et-León, région symbolique de la céréaliculture et de l’élevage extensif.
Rivera appelle également à un investissement massif dans la formation des jeunes agriculteurs. Aujourd’hui, seulement 11 % des chefs d’exploitation en Espagne ont moins de 40 ans, un chiffre qui illustre le vieillissement alarmant de la profession et le manque d’attractivité du secteur pour les nouvelles générations.
En conclusion, le concept de « sécurité sociale alimentaire » porté par Lorenzo Rivera et la COAG représente bien plus qu’une simple revendication sectorielle. Il s’agit d’une vision globale qui réconcilie impératifs économiques, exigences environnementales et justice sociale. Alors que les crises alimentaires mondiales se multiplient et que la dépendance aux importations fragilise les économies nationales, l’Espagne pourrait jouer un rôle pionnier en adoptant une politique agricole véritablement centrée sur la souveraineté et la dignité alimentaire de ses citoyens et de ses producteurs.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
