En Espagne, des milliers de logements restent vides depuis des années, contribuant à la crise du logement tout en laissant des ressources immobilières inexploitées. Face à ce constat, le réseau Red ENEA a lancé le projet Casa Viva, une initiative ambitieuse visant à remettre sur le marché des habitations désaffectées grâce à la réhabilitation et à l’accompagnement des propriétaires. Une démarche qui suscite un intérêt croissant, notamment en Estrémadure.
Un projet né d’un constat alarmant sur le parc immobilier espagnol
L’Espagne compte aujourd’hui plus de 3,8 millions de logements vides selon les dernières données de l’Institut national de la statistique espagnol. Ce chiffre représente environ 14 % du parc immobilier total du pays, une proportion considérable dans un contexte où la demande de logements abordables ne cesse de croître dans de nombreuses régions.
C’est dans ce contexte que Red ENEA, un réseau d’entités sociales actif dans plusieurs régions espagnoles, a développé Casa Viva.
Selon Cadena SER (cadenaser.com), le projet vise à identifier les logements inoccupés, à convaincre leurs propriétaires de les réhabiliter et à les remettre en circulation sur le marché locatif ou social.
L’initiative repose sur un accompagnement personnalisé des propriétaires, qui bénéficient d’une aide technique et administrative pour engager des travaux de rénovation. L’objectif est de lever les freins souvent cités par les propriétaires, notamment la complexité des démarches, le coût des rénovations et la peur de louer sans garanties suffisantes.
« Casa Viva cherche à transformer un problème structurel en opportunité, en remettant des logements en état dans des zones où la demande est réelle mais l’offre insuffisante. » Red ENEA, présentation du projet Casa Viva
En Estrémadure, région particulièrement touchée par la vacance immobilière en milieu rural, le projet trouve un terrain particulièrement propice. Certaines communes de la région affichent des taux de logements vides dépassant les 30 %, une réalité directement liée à l’exode rural des dernières décennies.
Des résultats concrets et un modèle reproductible à l’échelle nationale
Depuis son lancement, Casa Viva a permis d’accompagner plusieurs dizaines de propriétaires dans la mise en réhabilitation de leurs biens. Les premières évaluations du programme indiquent que les logements concernés sont majoritairement des maisons individuelles situées dans des zones rurales ou semi-rurales, avec un état de dégradation variable nécessitant des investissements compris entre 15 000 et 60 000 euros selon les cas.
Selon le réseau Red ENEA, le projet ne se limite pas à la rénovation physique des bâtiments. Il inclut également un volet social important, avec la mise en relation des logements réhabilités avec des familles ou des personnes en situation de vulnérabilité cherchant un hébergement stable et abordable.
« Nous ne voulons pas seulement rénover des murs, nous voulons recréer du lien social et redynamiser des territoires qui souffrent de dépopulation. » Porte-parole de Red ENEA, lors de la présentation du projet à Mérida
Le modèle développé par Red ENEA s’appuie sur des partenariats avec les collectivités locales, des entreprises du bâtiment et des associations de solidarité. Cette approche transversale permet de mutualiser les ressources et de réduire les coûts pour les propriétaires tout en garantissant la qualité des travaux réalisés.
Selon le ministère espagnol du Logement, des initiatives similaires menées dans d’autres régions ont montré qu’une politique active de remobilisation des logements vacants pouvait réduire de 10 à 15 % la vacance dans les zones ciblées en l’espace de cinq ans. Ces chiffres confortent la pertinence de la démarche portée par Casa Viva.
Le projet prévoit également de s’étendre à d’autres provinces espagnoles dans les prochains mois. Des discussions sont en cours avec plusieurs municipalités intéressées par le déploiement du modèle sur leur territoire, ce qui pourrait permettre d’atteindre plusieurs centaines de logements supplémentaires remis en état d’ici 2028.
En parallèle, Red ENEA travaille à la mise en place d’un observatoire de la vacance immobilière en Estrémadure, destiné à cartographier précisément les logements inoccupés et à mieux cibler les interventions futures. Cet outil devrait être opérationnel d’ici la fin de l’année 2026.
Casa Viva illustre ainsi comment une approche combinant réhabilitation immobilière, accompagnement social et partenariats territoriaux peut apporter des réponses concrètes à la fois à la crise du logement et au défi de la dépopulation rurale. Un modèle qui mérite d’être suivi de près, tant ses résultats pourraient inspirer d’autres régions d’Espagne et d’Europe confrontées aux mêmes défis structurels.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
