Avec 377 millions d’euros de production finale agraire et des exportations agroalimentaires en hausse de 15 %, la Communauté de Madrid n’est pas que béton et tertiaire. Entre vignobles de Denominación de Origen, oliviers en expansion, élevage bovin et un institut de recherche qui abrite la deuxième collection de cépages d’Europe, la région déploie un tissu agricole méconnu mais structuré.
Madrid est d’abord, dans l’imaginaire collectif, une mégapole de services, de culture, de finance et de tourisme. La région concentre 14,4 % de la population espagnole sur seulement 8 030 km² et affiche la densité démographique la plus élevée du pays, selon les données de Mercasa. Pourtant, au-delà des autoroutes et des zones résidentielles, la Communauté de Madrid recèle un tissu agricole et agroalimentaire d’une diversité surprenante vignes en coteaux, oliviers en expansion, élevages bovins et porcins, cultures maraîchères irriguées dans les vegas des rivières qui emploie des milliers d’agriculteurs et génère plusieurs centaines de millions d’euros de valeur chaque année.
Une production finale agraire de 377 millions d’euros
Le poids économique de l’agriculture madrilène est modeste à l’échelle nationale, mais réel. La Production Finale Agraire de la Communauté de Madrid s’est établie à 377,7 millions d’euros en 2023, dont 199,4 millions correspondant à la production végétale et 162,2 millions aux productions animales, selon le rapport annuel de Mercasa compilé à partir des statistiques du ministère de l’Agriculture. Après déduction des consommations intermédiaires et des amortissements, la rente agraire nette avoisine les 156 millions d’euros à prix courants, selon la même source. Sur le plan commercial, la région représente environ 3,8 % des exportations agroalimentaires espagnoles un chiffre modeste mais en progression régulière, précise Mercasa.
Des exportations agroalimentaires en forte hausse
C’est peut-être le chiffre le plus révélateur de la dynamique du secteur. En 2023, les exportations agroalimentaires de la Communauté de Madrid ont atteint 2 637,2 millions d’euros, soit une hausse de 15,2 % par rapport à l’année précédente, selon le rapport annuel Mercasa. Ce résultat s’inscrit dans une trajectoire de croissance continue entamée plusieurs années auparavant, et place Madrid parmi les régions les plus actives à l’export dans ce domaine malgré l’absence de port et de façade maritime. L’industrie agroalimentaire régionale joue un rôle central dans cette performance : selon l’INE, elle regroupe 1 498 entreprises recensées en 2023, allant des charcuteries aux brasseries, en passant par les conserveries, les fromageries et les boulangeries industrielles.
Les céréales et les fourrages : piliers des grandes cultures
Sur le plan des productions végétales, les céréales constituent la principale culture de la région en superficie. L’orge cebada reste le premier poste : 115 500 tonnes produites en 2022, avant une chute sévère à 29 300 tonnes en 2023 en raison des conditions climatiques qui ont frappé l’ensemble de l’Espagne cette année-là, selon les statistiques du MAPA citées par Mercasa. Le blé tendre a suivi la même trajectoire, passant de 78 200 à 26 800 tonnes entre les deux campagnes. Le maïs irrigué, cultivé dans les vegas, a mieux résisté mais reste en recul à 46 100 tonnes. Les légumineuses et les cultures fourragères, étroitement liées à l’élevage, complètent le tableau des grandes cultures, selon le portail de la Communauté de Madrid.
Les hortalizas : culture irriguée dans les vegas
L’horticulture constitue l’autre pilier de la production végétale madrilène. Les cultures maraîchères sont concentrées dans les zones irriguées des vegas du Tage et de ses affluents le Jarama, le Manzanares, le Henares, qui permettent une agriculture intensive tout au long de l’année. Parmi les principales productions, l’oignon occupe une place importante avec 49 700 tonnes produites en 2023, en recul par rapport aux 58 200 tonnes de 2022, selon Mercasa. La pomme de terre a en revanche progressé, passant de 8 000 à 10 900 tonnes. Les melons, concombres, poivrons et aulx complètent le panel horticole, avec des rendements variables selon les aléas climatiques de chaque campagne.
La vigne : 12 000 hectares et une Denominación de Origen dynamique
La viticulture madrilène est sans doute la filière végétale la plus identitaire de la région. La Communauté de Madrid compte 12 000 hectares consacrés au vignoble, dont 5 898 hectares soit 49 % de la surface vitivinicole bénéficient de la Denominación de Origen Protegida Vinos de Madrid, créée en 1990, selon El Debate. Cette DOP regroupe quatre sous-zones Arganda, Navalcarnero, San Martín de Valdeiglesias et El Molar et rassemble 43 caves et plus de 2 700 viticulteurs, selon les données de la Communauté de Madrid. Les cépages principaux sont le malvar et le tempranillo, auxquels s’ajoutent l’airén, le garnacha tinto, l’alarije et l’albillo. En 2023, la production de vins a atteint 48 700 hectolitres dont plus de la moitié sous DOP, en recul de 30 % par rapport à 2022 en raison de la sécheresse, selon Mercasa. Pour soutenir la filière, le gouvernement régional a investi 3,8 millions d’euros en 2025, destinés à la restructuration des vignobles, la promotion à l’international et la rénovation des installations, précise la Communauté de Madrid.
L’olivier : une DOP nouvellement obtenue
L’oléiculture madrilène connaît un développement remarquable. La région dispose de 28 700 hectares d’oliviers destinés à la production d’huile, selon Mercasa, et la campagne 2023-2024 a produit environ 3 200 tonnes d’huile d’olive soit 60 % de plus que l’année précédente. Plus significatif encore : l’Union européenne a accordé à l’huile d’olive de la région la Denominación de Origen Protegida « Aceite de Madrid », une reconnaissance obtenue avec le soutien actif des chercheurs de l’IMIDRA, qui ont contribué par leurs travaux sur les variétés d’oliviers, les sols et le microclimat régional, selon le compte LinkedIn de l’IMIDRA.
L’élevage : bovins et volailles en tête
Le secteur animal représente une part significative de la rente agraire madrilène. La viande de volaille est le premier poste avec 52 400 tonnes produites en 2023, en légère hausse de 1 % par rapport à 2022, selon Mercasa. La viande bovine reste importante 37 300 tonnes, soit 5,8 % de la production nationale même si elle a reculé de 13 % par rapport à 2022. Le porc a subi une baisse plus marquée à 26 200 tonnes, tout comme les filières ovine et caprine dont les volumes restent limités. La production laitière bovine s’est établie à 54 700 tonnes en 2023, dont près de 75 % sont expédiées vers des industries d’autres régions, selon Mercasa. Des productions de lait de brebis 3 560 tonnes et de chèvre 4 360 tonnes complètent l’offre, destinées en grande partie à la fabrication de fromages. La production d’œufs est restée stable à 21,6 millions de douzaines.
L’IMIDRA : un institut de recherche de rang mondial
Ce qui distingue peut-être le plus la Communauté de Madrid dans le paysage agricole espagnol, c’est la présence de l’IMIDRA Instituto Madrileño de Investigación y Desarrollo Rural, Agrario y Alimentario. Fondé en 2005 à partir de la fusion de deux organismes antérieurs, cet institut public avec plus de trente ans d’expérience est une référence nationale et européenne en recherche vitivinicole, selon son site officiel. Son joyau est la Collection de Cépages de la finca El Encín à Alcalá de Henares : avec plus de 3 900 accessions de vignes sur 10 hectares en culture biologique, il s’agit de la deuxième collection la plus complète d’Europe et de la troisième du monde, selon l’IMIDRA. C’est là que les chercheurs travaillent à développer des variétés résistantes au mildiou et à l’oïdium afin de réduire l’usage de fongicides et promouvoir une viticulture plus durable, selon la Communauté de Madrid.
En septembre 2025, la présidente Isabel Díaz Ayuso a visité El Encín pour présenter l’Encinero, un vin rouge institutionnel assemblant tempranillo et cabernet sauvignon, élevé huit mois en barrique de chêne américain et français, destiné aux cadeaux protocolaires, selon la Communauté de Madrid. Dans les caves expérimentales, des œnologues de l’IMIDRA travaillent également à l’élaboration d’un blanc à base de cépages autochtones décrit comme « unique au monde », ainsi qu’un vermouth fumé aux botaniques locaux et caramels de violette, dont la recette a été transférée à l’entreprise Licores Trampero pour commercialisation, selon Tecnovino.
En avril 2026, le projet Minorvín coordonné par l’IMIDRA a annoncé la localisation de 22 variétés de vignes centenaires que l’on croyait disparues dans la région, parmi un total de 95 retrouvées en Espagne, dont neuf n’avaient jamais été répertoriées, selon El Debate. Parmi elles figure la variété hebén, d’origine nord-africaine, mentionnée dès le XVIIe siècle et retrouvée dans une huerta privée de la région en 2024, dont l’inclusion au Registre National des Variétés Végétales permettrait son utilisation en vinification sous DOP, selon la même source.
Une industrie agroalimentaire structurée autour de la capitale
L’agriculture madrilène ne se comprend pas sans son industrie de transformation. La région concentre des poids lourds méconnus : l’industrie brassicole représente 41,1 % de la production nationale de bière en chiffre d’affaires, et les préparations de conserves de fruits et légumes pèsent 8,7 % du total espagnol, selon Mercasa. La boulangerie et les pâtes alimentaires, les produits laitiers et la charcuterie complètent le tissu industriel. Madrid est également un hub logistique agroalimentaire de premier plan grâce à Mercamadrid, l’un des plus grands marchés d’approvisionnement alimentaire au monde, qui irrigue quotidiennement la consommation de la région capitale et au-delà.
Un secteur face aux défis du changement climatique
La sécheresse structurelle qui frappe l’Espagne depuis plusieurs années constitue le premier défi de l’agriculture madrilène. Les écarts spectaculaires entre les récoltes de céréales de 2022 et 2023 une chute de 75 % pour l’orge illustrent la vulnérabilité de l’agriculture de secano aux aléas climatiques. La Communauté de Madrid développe en réponse un programme d’aides à la modernisation des infrastructures d’irrigation, cofinancé dans le cadre du PEPAC 2023-2027 par l’Union européenne, le MAPA et la région, selon le portail de la Communauté de Madrid. La transition vers l’agriculture biologique s’accélère également : la surface certifiée en Espagne a progressé de près de 10 % en 2025 pour atteindre 1,13 million d’hectares, selon l’association Intereco présentant ses données lors de la foire Alimentaria 2026 à Barcelone, et Madrid figure parmi les quatorze régions dont les autorités de contrôle participent à cette certification publique.
