Les Canaries demandent une autorisation exceptionnelle pour l’utilisation de produits phytosanitaires.

3 min de lecture

Face à une menace agricole croissante, le gouvernement des îles Canaries a officiellement sollicité une autorisation exceptionnelle et temporaire auprès des autorités compétentes pour permettre l’application de certains produits phytosanitaires sur son territoire. Une démarche urgente qui soulève des questions sur l’équilibre entre protection des cultures et respect des normes environnementales.

Une demande motivée par une menace agricole sérieuse

Les îles Canaries, archipel espagnol situé au large des côtes africaines, font face à des pressions sanitaires importantes sur leur secteur agricole. Selon EFE, le gouvernement régional a formellement demandé une autorisation exceptionnelle et temporaire pour recourir à des produits phytosanitaires dont l’usage est normalement soumis à des restrictions strictes dans le cadre de la réglementation européenne.

Cette requête s’inscrit dans un contexte de vulnérabilité particulière des Canaries. En tant que région ultrapériphérique de l’Union européenne, l’archipel dispose d’un écosystème agricole fragile, fortement dépendant de certaines cultures spécifiques comme la banane, la tomate ou encore les fleurs coupées, qui représentent une part considérable de l’économie locale.

Les autorités canariennes soulignent que certains ravageurs ou maladies végétales affectant actuellement les cultures ne peuvent être combattus efficacement avec les seuls produits autorisés dans le cadre habituel. La demande vise donc à obtenir une dérogation temporaire, encadrée et contrôlée, pour permettre aux agriculteurs de protéger leurs récoltes sans mettre en péril leur activité économique.

« Les régions ultrapériphériques font face à des défis phytosanitaires uniques qui nécessitent des réponses adaptées, distinctes de celles appliquées sur le continent européen. » Gouvernement des îles Canaries, communiqué officiel 2026

L’agriculture représente environ 3,5 % du PIB des Canaries, mais son importance sociale et identitaire dépasse largement ce chiffre. Plus de 15 000 exploitations agricoles sont recensées sur l’archipel, dont une majorité de petites structures familiales particulièrement vulnérables aux crises phytosanitaires.

Un cadre réglementaire strict mais des exceptions possibles

La réglementation européenne, notamment le règlement CE n°1107/2009, encadre de manière rigoureuse la mise sur le marché et l’utilisation des produits phytosanitaires au sein de l’Union européenne. Cependant, ce même cadre législatif prévoit des mécanismes d’autorisation exceptionnelle pour des situations d’urgence phytosanitaire, sous conditions strictes de durée, de dosage et de traçabilité.

Selon des experts du secteur agricole, ces autorisations d’urgence sont accordées pour une durée maximale de 120 jours, renouvelable uniquement dans des circonstances dûment justifiées. L’État espagnol, via le ministère de l’Agriculture, joue un rôle d’intermédiaire dans la transmission de ces demandes aux instances européennes compétentes.

Le gouvernement canarien insiste sur le caractère temporaire et ciblé de sa requête. Il s’agirait de traiter des zones précises, avec des produits identifiés, dans le respect des protocoles de sécurité alimentaire et environnementale. Des contrôles réguliers seraient mis en place pour évaluer l’impact des traitements et garantir la protection des consommateurs.

« Nous ne demandons pas un blanc-seing, mais une réponse proportionnée et limitée dans le temps pour protéger nos agriculteurs face à une menace concrète et documentée. » Porte-parole du gouvernement des îles Canaries, avril 2026

Les organisations agricoles locales, dont certaines représentent des milliers de producteurs de bananes et de tomates, soutiennent fermement cette démarche. Elles rappellent que sans intervention rapide, les pertes de récoltes pourraient atteindre plusieurs millions d’euros, mettant en danger la viabilité de nombreuses exploitations déjà fragilisées par les aléas climatiques et la hausse des coûts de production.

Du côté des associations environnementales, la prudence est de mise. Certaines organisations appellent à une évaluation rigoureuse des risques avant toute autorisation, notamment en ce qui concerne l’impact potentiel sur la biodiversité endémique des Canaries, reconnue comme l’une des plus riches d’Europe avec plus de 500 espèces végétales endémiques recensées sur l’archipel.

La décision finale appartient aux autorités nationales et européennes, qui devront peser les enjeux économiques, sociaux et écologiques dans un délai raisonnable pour permettre aux agriculteurs de planifier leur campagne agricole dans les meilleures conditions possibles.

Cette situation illustre une tension récurrente dans les politiques agricoles européennes : comment concilier des standards environnementaux ambitieux avec les réalités de terrain auxquelles font face les producteurs, en particulier dans les régions aux caractéristiques géographiques et climatiques spécifiques comme les Canaries ?

La réponse des autorités compétentes sera attendue avec impatience par l’ensemble du secteur agricole canarien, qui espère une issue favorable permettant de sauvegarder une activité essentielle à l’économie et à l’identité de cet archipel atlantique.

Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)


lire plus >

À ne pas manquer

L’Espagne renforce la lutte contre la filoxera et les importations frauduleuses de végétaux.

Face à la menace croissante de la filoxera et des importations illégales
La pollution de l'air, deuxième facteur de risque de mortalité selon une étude de cardiologues.

La pollution de l’air, deuxième facteur de risque de mortalité selon une étude de cardiologues.

Une étude menée par des cardiologues espagnols place la pollution atmosphérique au