Le secteur des stations-service en Espagne est au bord de la rupture. Deux journées de grève ont été officiellement convoquées pour le 30 avril et le 3 mai 2025, une mobilisation inédite qui pourrait affecter l’approvisionnement en carburant dans l’ensemble du pays, et plus particulièrement dans des régions comme l’Estrémadure, où la dépendance à la voiture individuelle reste très élevée.
Un conflit social qui couve depuis plusieurs mois
Selon Canal Extremadura, la grève a été convoquée par les principaux syndicats représentant les travailleurs des stations-service à travers tout le territoire espagnol. Les négociations avec les employeurs ont échoué après plusieurs semaines de discussions tendues, sans parvenir à un accord sur les conditions salariales et les droits des travailleurs du secteur.
Le cœur du conflit réside dans la revendication d’une revalorisation salariale significative. Les syndicats réclament une hausse des salaires d’au moins 4 % pour l’année en cours, en ligne avec l’inflation enregistrée ces derniers mois en Espagne. Selon les données officielles de l’Institut national de la statistique espagnol (INE), l’indice des prix à la consommation a connu des variations importantes depuis 2022, fragilisant le pouvoir d’achat de nombreux travailleurs du secteur des services.
Les employés des stations-service font partie des travailleurs les moins bien rémunérés du secteur des transports et de l’énergie. En Espagne, on recense environ 11 000 stations-service, employant directement plus de 50 000 personnes. Une grande partie de ces employés travaillent à temps partiel ou sous des contrats précaires, ce qui renforce les tensions sociales au sein du secteur.
« Nous ne pouvons pas continuer à travailler dans ces conditions. Les prix à la pompe ont augmenté, les marges des entreprises aussi, mais nos salaires sont restés bloqués. » Un délégué syndical du secteur des stations-service, cité par Canal Extremadura
Cette déclaration résume bien le sentiment général qui règne parmi les travailleurs mobilisés. Le fossé entre la rentabilité croissante des grandes enseignes pétrolières et la stagnation des salaires est au coeur des revendications portées par les syndicats.
Des conséquences potentiellement importantes pour les usagers et les régions rurales
Les deux journées de grève, fixées au 30 avril et au 3 mai, tombent à un moment particulièrement stratégique. Ces dates encadrent le week-end prolongé du 1er mai, férié en Espagne comme dans de nombreux pays européens. Cette période correspond traditionnellement à une hausse significative des déplacements routiers, avec des millions d’Espagnols qui prennent la route pour des escapades ou pour rejoindre leur famille.
Selon les estimations de la Direction générale de la circulation (DGT) espagnole, les week-ends prolongés du printemps génèrent habituellement entre 4 et 6 millions de déplacements supplémentaires sur les routes nationales. Une perturbation de l’approvisionnement en carburant durant cette période pourrait donc avoir des répercussions considérables sur la mobilité des citoyens.
Les régions rurales comme l’Estrémadure sont particulièrement exposées. Dans cette communauté autonome, où les transports en commun restent peu développés, la voiture est souvent le seul moyen de transport disponible pour une grande partie de la population. Les stations-service y jouent un rôle essentiel, non seulement pour les particuliers, mais aussi pour le secteur agricole et les entreprises de transport de marchandises.
« En zone rurale, une station-service fermée, c’est parfois 40 ou 50 kilomètres à parcourir pour trouver du carburant. Ce n’est pas anodin pour les agriculteurs ou les familles qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture. » Un responsable d’une association de consommateurs d’Estrémadure, selon Canal Extremadura
Face à cette situation, les autorités espagnoles ont d’ores et déjà été alertées. Le gouvernement pourrait être amené à décréter des services minimums afin de garantir un approvisionnement partiel durant les journées de grève. Selon la législation espagnole en vigueur, ce type de conflit dans un secteur considéré comme essentiel peut faire l’objet d’une réquisition partielle de services.
Du côté des employeurs, les associations représentant les propriétaires de stations-service maintiennent leur position et refusent pour l’instant d’accepter les conditions posées par les syndicats. Les négociations pourraient reprendre dans les prochains jours, mais aucune réunion de conciliation n’avait encore été planifiée au moment de la rédaction de cet article.
La mobilisation du secteur des stations-service en Espagne illustre une tension sociale plus large qui touche de nombreux secteurs liés aux transports et à l’énergie. Dans un contexte de transition énergétique et de hausse des coûts de la vie, les travailleurs de ces secteurs cherchent à faire entendre leur voix. Les prochains jours seront décisifs pour savoir si un accord de dernière minute peut être trouvé ou si les Espagnols devront faire face à des difficultés d’approvisionnement en carburant lors de l’un des week-ends les plus chargés du printemps.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
