Croissance démographique et touristique : Valencia face aux défis d’une métropole en pleine expansion


La 3e ville d’Espagne est aujourd’hui confrontée à des enjeux structurels liés à sa croissance et se pose la question de savoir comment gérer durablement son expansion.
Les chiffres sont clairs : en janvier 2025, la ville de Valencia comptait exactement 840 792 habitants, soit une augmentation d’environ 100 000 personnes en 25 ans ! Début 2000, la population dépassait à peine 743 200 habitants, avec une densité d’environ 7 500 habitants par km². Ce chiffre a augmenté de près de 1 000 habitants en 1 quart de siècle, atteignant 8 511 habitants par km². Les quartiers ayant connu la plus forte croissance sont Rascanya, Camins al Grau, Campanar, Quatre Carreres et Benicalap.
Rien que l’année dernière, Valencia a comptabilisé 15 000 habitants supplémentaires, frôlant les 840 800 résidents et devenant la deuxième grande ville espagnole à connaître la plus forte croissance démographique, avec une hausse de 1,8 % par rapport à l’année précédente. Cette progression confirme son attractivité, mais commence aussi à révéler des fragilités : crise du logement, mobilité sous tension permanente et services publics parfois débordés…

Pour les experts : une vision métropolitaine devient indispensable

La croissance de Valencia ne se limite pas à ses frontières : toutes les communes environnantes ont progressé et souvent à un rythme encore plus rapide puisqu’entre 2019 et 2024, 45 municipalités proches ont vu leur population augmentée de 4 % ! Torrent, Paterna, Mislata, Burjassot, Aldaia, Quart de Poblet y Xirivella sont les villes dont le nombre d’habitants a le plus augmenté. C’est donc la ville de Valencia et les municipalites alentours, qui doivent ensemble, relever les défis de cette croissance : il faudrait donc dorénavant coordonner l’aménagement du territoire, les transports publics, le développement résidentiel et celui des services publiques
à l’échelle métropolitaine.

Logement et mobilité

Le défi du logement ne peut être dissocié de celui de la mobilité, fortement influencée par les choix d’expansion urbaine, car une expansion nécessite un transport public performant et l’un ne fonctionne pas sans l’autre. Or la majorité des pôles d’emploi, des services, des universités et des équipements de santé restent concentrés.

Valencia, qui souffre déjà d’un déficit structurel de logements, aurait besoin d’environ 5 000 nouveaux logements par an jusqu’en 2050 pour absorber la croissance actuelle et le déséquilibre criant entre l’offre et la demande alimente la hausse continue des prix : le prix moyen du logement neuf dépasse déjà 4 000 euros par mètre carré, une tendance qui touche également le marché locatif.

Autre enjeu central, celui des transports : exacerbés par la croissance démographique et touristique, les problèmes liés aux embouteillages et aux dysfonctionnements des transports publics se sont multipliés. Là encore, les chiffres parlent d’eux même : entre 2019 et 2024, la fréquentation de Metrovalencia et de Metrobús a augmenté d’environ 55 %, celle des trains de banlieue de 35,4 %, et celle des bus urbains EMT de 19,4 %, atteignant des niveaux record.

Globalement, ces augmentations spectaculaires se sont produites sans augmentation suffisante de l’offre, entraînant plus de saturation, moins de confort et de fiabilité. Là encore, il est urgent d’accroître l’offre de transport public, en particulier à l’échelle métropolitaine.

Bien que le trafic automobile aux principales entrées de Valence soit resté stable depuis 2019, la voiture privée reste dominante dans les déplacements entre la ville et sa périphérie, représentant près de 70 % des trajets métropolitains. Par contre, dans la ville même de Valencia, environ 20 % des déplacements se font en voiture privée.

Le tourisme et son revers de médaille

Avec en 2025, 12 millions de passagers à l’aéroport de Valencia et 6 millions de nuitées, la ville affiche des chiffres record de fréquentation et des retombées économiques en forte hausse : mais cette croissance soutenue du tourisme accentue la pression sur le prix des logements et de la restauration et exige davantage de ressources pour la sécurité, la propreté et les transports publics.

La croissance actuelle de Valence, est-elle réellement soutenable et la ville est-elle en mesure d’en absorber les effets ? Les pouvoirs publics dans leur ensemble (mairie, province, région et gouvernement) sauront-ils unir leurs compétences et visions pour répondre à cette question ? De la manière dont ces enjeux seront gérés, dépendra la possibilité pour la ville de poursuivre son développement sans compromettre son avenir.

Laurence Lemoine

Valencia Expat services
Madrid Barcelone Javea-Denia