L’annonce par le gouvernement espagnol de la création d’une plateforme visant à mobiliser les propriétés rurales publiques destinées aux jeunes agriculteurs a relancé un débat de fond. La question est claire. Qui possède réellement les terres rurales en Espagne et dans quelles conditions peuvent-elles être mises en valeur ? La plateforme spécialisée dans les terres rurales, Cocampo, se félicite que l’accès à la terre et la relève générationnelle occupent une place centrale dans l’agenda public.
Depuis des années, cette entité met en garde contre les conséquences du vieillissement des propriétaires d’exploitations agricoles et de l’abandon progressif des propriétés héritées. Cette situation a un impact direct sur l’économie agricole, la gestion du territoire et l’augmentation des risques environnementaux. Selon son PDG, Regino Coca, la relève générationnelle ne sera possible que s’il existe un accès réel, transparent et économiquement viable à la terre, tant publique que privée.
D’un point de vue technique et commercial, l’entreprise souligne que le principal problème n’est pas le manque d’initiatives. Le véritable obstacle est l’absence d’informations unifiées, de transparence et d’outils professionnels permettant de mobiliser des terres qui restent aujourd’hui sous-utilisées. Sans données claires, toute politique d’accès à la terre naît avec des limites structurelles.
Les administrations publiques, principaux propriétaires de terres rurales
Les administrations publiques sont, dans la pratique, les plus grands propriétaires de terres rurales en Espagne. Selon Cocampo, plus de 8 millions d’hectares de montagnes, de pâturages et de propriétés rurales, soit près de 16 % du territoire national, sont entre les mains des pouvoirs publics. Ce patrimoine est réparti entre différents niveaux administratifs et présente des réalités de gestion très diverses.
Les collectivités locales gèrent environ 6,22 millions d’hectares par l’intermédiaire des mairies, des conseils généraux et des conseils insulaires. Dans de nombreux cas, il s’agit de terrains peu exploités, pour lesquels les gouvernements locaux recherchent des solutions permettant de générer des revenus, de financer des services publics et de fixer la population dans les zones rurales. La mise en valeur de ces actifs est considérée comme une opportunité pour dynamiser les économies locales.
Les communautés autonomes, quant à elles, sont propriétaires d’environ 1,15 million d’hectares de montagnes, de réserves et de patrimoines agricoles. Ces terrains nécessitent une gestion spécialisée, avec des critères homogènes et une planification à long terme. L’équilibre entre la durabilité environnementale et la viabilité économique est l’un des grands défis à relever.
Au niveau national, le patrimoine rural est très diversifié. Les 16 parcs nationaux totalisent près de 392 000 hectares terrestres, tandis que le ministère de la Défense gère environ 135 000 hectares. À cela s’ajoutent les biens immobiliers ruraux du patrimoine de l’État et les hectares stratégiques gérés par la SEPES.
Transformer le patrimoine public en valeur réelle
Malgré l’énorme volume de terres publiques, il n’existe pas d’inventaire unique, accessible et interopérable. Aujourd’hui, il est impossible de savoir avec précision quelles hectares sont disponibles, dans quelles conditions et avec quelle aptitude agricole ou forestière. Ce manque d’informations limite toute tentative de mobilisation efficace.
Pour Regino Coca, le débat ne devrait pas se concentrer uniquement sur la création de nouvelles plateformes. Le défi consiste à transformer ce patrimoine en valeur économique, sociale et environnementale sans perdre sa fonction de service public.
Source: BRAINSRE-NEWS


