Un an après la panne électrique massive qui avait paralysé une grande partie de l’Espagne, la région de La Rioja prend la parole pour exiger des réformes profondes du réseau d’approvisionnement électrique. Entre vulnérabilité infrastructurelle et impacts sur le secteur agricole, la crise de 2025 continue de laisser des traces profondes.
Un anniversaire sous le signe des revendications
Le 28 avril 2025, une coupure d’électricité d’une ampleur historique frappait l’ensemble du territoire espagnol, plongeant des millions de foyers et d’entreprises dans l’obscurité pendant plusieurs heures. Exactement un an plus tard, les autorités régionales de La Rioja n’ont pas attendu pour rappeler que les leçons de cet épisode n’ont pas encore été pleinement tirées.
Selon Cadena SER, le gouvernement régional de La Rioja a officiellement adressé une demande formelle aux autorités nationales et à Red Eléctrica de España (REE) pour accélérer les investissements dans le renforcement du réseau électrique local. La région, connue pour sa production viticole et agricole, avait été particulièrement touchée par la panne, avec des pertes estimées à plusieurs millions d’euros dans le seul secteur agroalimentaire.
La Rioja compte environ 320 000 habitants et représente l’une des régions les plus dépendantes de l’agriculture intensive en Espagne. Lors de la panne de 2025, les systèmes d’irrigation automatisés, les chambres froides et les installations de transformation alimentaire avaient été mis hors service pendant plus de dix heures dans certaines zones rurales.
« Le réseau électrique de La Rioja n’est pas dimensionné pour absorber les pics de demande liés à la modernisation agricole. Nous avons besoin d’investissements structurels urgents, pas de promesses. » Porte-parole du gouvernement régional de La Rioja, avril 2026
Cette déclaration illustre bien la frustration des élus locaux, qui estiment que les engagements pris après la panne de 2025 sont restés lettre morte pour une grande partie des zones rurales.
Agriculture et résilience : un secteur encore fragilisé
La question de la résilience agricole face aux aléas énergétiques est devenue centrale dans le débat public espagnol depuis la panne. En La Rioja, le secteur viticole représente à lui seul environ 30 % du PIB régional, et la quasi-totalité des exploitations modernes dépend désormais d’une alimentation électrique stable pour les systèmes de gestion de l’eau, de surveillance climatique et de conservation des récoltes.
Selon le ministère espagnol de l’Agriculture, les pertes agricoles directement liées à la panne de 2025 avaient été estimées à 180 millions d’euros à l’échelle nationale, dont une part significative concentrée dans les régions du nord et du centre du pays.
Face à ce constat, plusieurs coopératives agricoles de La Rioja ont investi dans des générateurs de secours et des systèmes de stockage d’énergie solaire depuis l’an dernier. Mais ces solutions restent coûteuses et inaccessibles pour les petites exploitations familiales, qui représentent pourtant plus de 60 % des producteurs de la région.
Selon le journal El País, des experts en infrastructures énergétiques alertent depuis plusieurs mois sur le fait que le réseau espagnol, conçu dans les années 1970 et 1980, n’a pas été suffisamment modernisé pour répondre aux exigences d’une économie agricole numérisée et à la montée en puissance des énergies renouvelables intermittentes.
« Sans une refonte profonde des interconnexions régionales, le risque d’une nouvelle panne majeure reste élevé, en particulier pendant les périodes de forte chaleur ou de pics de consommation agricole. » Expert en infrastructures énergétiques, cité par El País, mars 2026
La Commission européenne, de son côté, a rappelé que l’Espagne bénéficie de fonds du plan REPowerEU pour moderniser ses infrastructures énergétiques, mais que l’absorption de ces fonds reste insuffisante au niveau régional.
La Rioja demande ainsi que les investissements prévus dans le cadre du Plan National Intégré Énergie-Climat (PNIEC) soient fléchés en priorité vers les zones rurales les plus exposées. La région propose également la création d’un fonds d’urgence spécifique pour indemniser les agriculteurs en cas de nouvelle interruption prolongée du réseau.
Au-delà des revendications financières, les autorités régionales insistent sur la nécessité d’un plan de continuité énergétique adapté aux spécificités agricoles, incluant des protocoles de coupure différenciés pour préserver en priorité les installations sensibles comme les serres, les élevages et les unités de transformation alimentaire.
Ce premier anniversaire de la grande panne est donc l’occasion pour La Rioja de transformer une catastrophe en levier politique, en exigeant des garanties concrètes pour que le secteur agricole ne soit plus le parent pauvre de la politique énergétique espagnole.
Sources et photo: Rédaction LCE (avec l’aide de l’IA)
