Grève des aéroports, SITL et investissements : trois signaux forts pour la logistique espagnole cette semaine.

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Du conflit social qui paralyse le handling dans douze aéroports à la présence espagnole remarquée au salon parisien de la logistique, en passant par l’investissement de CEVA à Tarragone, la supply chain ibérique concentre l’essentiel de l’actualité sectorielle de ces dernières 72 heures.

Madrid, 2 avril 2026 rarement une semaine n’aura autant mis la logistique espagnole sous les projecteurs. En l’espace de trois jours, le secteur a cumulé un conflit social majeur dans les aéroports, une présence notable au principal salon européen du transport, et la concrétisation d’un investissement stratégique dans la logistique automobile portuaire. Tour d’horizon d’une séquence dense.

Grève du handling : douze aéroports en tension depuis le 30 mars

C’est le signal d’alarme le plus visible de la semaine. Depuis le 30 mars, une grève illimitée du personnel au sol frappe douze aéroports espagnols gérés par AENA, en plein cœur de la Semana Santa. Selon Air Journal, le mouvement touche les prestataires Groundforce avec des arrêts partiels sur trois créneaux horaires par jour et Menzies, qui a déposé des préavis de 24 heures les 28 et 29 mars, puis du 2 au 6 avril. Parmi les plateformes concernées : Madrid-Barajas, Barcelone-El Prat, Palma de Majorque, Malaga, Alicante, Valence, Ibiza et plusieurs aéroports des îles Canaries.

Le conflit trouve son origine dans l’attribution des contrats de handling par AENA en 2023. Selon le site Ulysse, qui cite directement Le Courrier d’Espagne, les syndicats UGT, CCOO et USO dénoncent le non-respect des clauses salariales indexées sur l’inflation, des erreurs récurrentes sur les fiches de paie chez Menzies, et un sous-effectif chronique dans un pays qui a battu son record de fréquentation touristique avec 96,8 millions de visiteurs en 2025. Quelque 6 000 agents de handling participent au mouvement.

Les conséquences sur la chaîne logistique aérienne sont immédiates : rotations d’appareils ralenties, délais de chargement et déchargement des soutes allongés, perturbations en cascade sur les correspondances. AENA prévoyait selon Air Journal près de 70 500 vols sur la période de Pâques, dont plus de 6 000 sur le seul aéroport de Malaga-Costa del Sol avec 80 % de liaisons internationales. La législation espagnole impose des services minimaux, préservant la majorité des vols, mais les professionnels de la logistique aérienne et du fret express sont directement impactés par la dégradation des opérations au sol.

Plus préoccupant encore pour le secteur à moyen terme : selon Déplacements Pros, les syndicats menacent de reconduire les arrêts de travail chaque week-end jusqu’à la fin de l’année 2026, si aucun accord n’est trouvé. Un scénario qui fragiliserait durablement les flux aériens sur l’une des premières destinations mondiales.

SITL 2026 : l’Espagne deuxième nation la plus représentée

En parallèle de cette tension sociale, la logistique ibérique était bien présente cette semaine sur une autre scène. Le Salon International du Transport et de la Logistique (SITL) a ouvert ses portes du 31 mars au 2 avril à Paris Nord Villepinte, avec 15 exposants espagnols ce qui place l’Espagne au deuxième rang des délégations européennes, derrière l’Allemagne (24 exposants), selon le dossier de presse de l’événement relayé par Classe Export.

Selon TRM24, cette 43ème édition a réuni quelque 28 000 professionnels et 560 exposants venus de 22 pays, dans un contexte marqué par les tensions géopolitiques fermeture de l’espace aérien espagnol aux appareils militaires américains, instabilité des corridors logistiques liée au conflit au Moyen-Orient et par une pression croissante sur les coûts et la décarbonation des flottes. Le fil rouge de l’édition, « Nouveaux territoires à conquérir », traduit selon le dossier de presse officiel du salon une volonté collective de répondre aux mutations technologiques, réglementaires et environnementales par la coopération, plutôt que par les stratégies solitaires.

Pour les opérateurs espagnols présents, l’enjeu est clair : positionner la péninsule ibérique comme un maillon fiable et moderne des corridors TEN-T européens, à l’heure où la recomposition des chaînes d’approvisionnement mondiales crée de nouvelles opportunités pour les plateformes du sud de l’Europe.

CEVA Logistics consolide son emprise à Tarragone

Troisième signal fort de la séquence, et peut-être le plus structurant sur le long terme : CEVA Logistics, filiale du groupe CMA CGM, a annoncé le 17 mars dernier un investissement de 9 millions d’euros pour étendre et moderniser ses installations de logistique de véhicules finis sur le port de Tarragone. Selon Voxlog et Le Journal des Entreprises, le projet comprend l’ajout de 94 000 m² de surface opérationnelle protégée par un filet anti-grêle et permettra au site de stocker 4 500 véhicules supplémentaires, pour atteindre une capacité totale de 32 500 places réparties sur 65 hectares.

Selon Eric Dessupoiu, vice-président FVL de CEVA Logistics, cité dans le communiqué officiel du groupe, la combinaison de la surface de stockage étendue, de la proximité portuaire immédiate, des connexions ferroviaires disponibles et des ateliers sur site confère au site de Tarragone les atouts nécessaires pour accompagner la croissance du groupe et de ses clients dans ce « marché stratégique ». Un investissement qui s’inscrit dans la continuité de l’intégration complète de BERGÉ GEFCO par CEVA en 2023, opération qui avait fait du groupe le leader de la logistique automobile sur la péninsule ibérique.

Source: Rédaction LCE ( avec l’aide de l’IA )

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