L’innovation et la durabilité sont la tendance de ces hébergements.
L’Espagne mène un débat constant sur les logements touristiques, la saturation urbaine et le modèle hôtelier dominant. Cependant, il existe en parallèle un sous-secteur touristique qui offre environ 700 000 places, génère environ 1,6 milliard d’euros par an et soutient près de 40 000 emplois directs et indirects, mais qui occupe rarement une place centrale dans la planification stratégique : le camping.
C’est ce que me confie Sergio Chocarro, directeur de la Fédération espagnole des campings (interview ci-jointe), qui nous offre une vision actualisée de ce sous-secteur. (https://forumnatura.org/2026/02/23/el-camping-como-activo-estrategico-en-la-oferta-turistica-y-el-desarrollo-sostenible-rural/ )
Si le système touristique espagnol dispose d’un total de trois à quatre millions de places, y compris les logements touristiques, le camping représente environ un cinquième de l’offre traditionnelle réglementée. Il ne s’agit donc pas d’un segment marginal ou résiduel, mais d’une composante structurelle du système touristique national. Sa particularité est que, contrairement à d’autres types d’hébergement, il est principalement implanté dans les zones côtières, périurbaines ou rurales, ce qui lui confère une dimension territoriale différenciée et, dans de nombreux cas, stratégique.
La première question à se poser est de savoir ce que nous entendons aujourd’hui par camping. L’image traditionnelle associée aux tentes et aux services de base ne décrit plus correctement la réalité du secteur. Il y a quelques décennies à peine, la tente était le format dominant ; aujourd’hui, son poids est résiduel dans de nombreux établissements (moins de 5 % selon la Fédération espagnole des campings). La croissance s’est concentrée sur les bungalows, les mobil-homes, les cabanes et les formes de glamping qui allient singularité architecturale et confort. Les emplacements pour camping-cars et caravanes ont également gagné en importance de manière notable.
Ce processus reflète une transformation profonde du profil de la demande. Le client contemporain ne recherche pas seulement un hébergement économique, mais aussi une expérience liée à « l’environnement naturel » ou au plein air, avec des normes de confort proches de celles d’un hébergement hôtelier, mais sans la densité ni l’artificialité de l’environnement urbain. Le camping a cessé de rivaliser exclusivement sur les prix pour le faire sur l’expérience, la flexibilité et le contact avec le territoire.
D’un point de vue géographique, la répartition des campings en Espagne dessine une carte cohérente avec la logique du tourisme de nature et du tourisme côtier. L’arc méditerranéen concentre historiquement le plus grand nombre de places, avec une place particulière pour la Catalogne, la Communauté valencienne et l’Andalousie. Dans ces régions, le camping fait partie de l’ADN touristique depuis des décennies et a su attirer une clientèle internationale consolidée, provenant notamment du centre et du nord de l’Europe.
Le nord de la péninsule et les zones montagneuses constituent un autre axe important. Dans des régions telles que l’Aragon, les Asturies, la Cantabrie ou le Pays basque, le camping sert de base logistique au tourisme actif : randonnée, surf, cyclotourisme, montagne ou tourisme familial lié aux espaces naturels. Dans ces cas, il ne s’agit pas d’un hébergement complémentaire, mais d’un élément essentiel du modèle touristique territorial.
La situation est encore plus intéressante dans les zones rurales de l’intérieur. Bien que le nombre total de places soit inférieur à celui de la côte, l’impact relatif ou le poids spécifique dans les petites communes est très significatif. Dans les localités de quelques centaines d’habitants, un camping peut multiplier la population pendant la haute saison, générant une activité économique, des emplois et une demande de services locaux, mais concentrés en un seul point.
L’un des éléments les plus importants dans l’évolution récente du secteur est la professionnalisation progressive de sa gestion environnementale. Il existe encore un préjugé culturel qui associe le camping à une qualité moindre ou à des impacts négatifs sur l’environnement. Cependant, la logique économique du secteur fonctionne dans le sens contraire. Le camping dépend directement de l’attrait paysager et environnemental du territoire où il est situé. La dégradation de l’environnement entraîne la perte de son principal atout concurrentiel. Cela a encouragé des pratiques de durabilité opérationnelle, de gestion des déchets, d’efficacité énergétique et de préservation du paysage qui, en termes comparatifs par place, peuvent s’avérer moins intensives que d’autres modèles d’hébergement.
La demande actuelle confirme cette tendance. L’utilisateur qui choisit le camping recherche la nature, une expérience active, un confort sans surfréquentation, une flexibilité de séjour et une cohérence environnementale. L’essor du camping-car contrôlé et du tourisme itinérant européen renforce cette logique. L’Espagne est une destination privilégiée pour ce segment, mais l’offre structurée présente encore des marges de développement.
Le camping et le tourisme rural, y compris l’agrotourisme, offrent un retour sur investissement élevé s’ils s’accompagnent d’une réglementation cohérente
Dans ce contexte, une question stratégique particulièrement intéressante se pose : pourquoi ne pas valoriser de manière décisive le camping dans les zones rurales comme outil de diversification touristique pour le développement territorial ? L’expérience internationale montre que cette formule peut être mise en œuvre efficacement.
En France, le modèle appelé « camping à la ferme » intègre de petites parcelles au sein d’exploitations agricoles en activité, combinant l’hébergement avec la vente directe de produits locaux. Il s’agit d’initiatives à faible investissement relatif, avec un nombre limité de parcelles et un lien fort avec l’économie primaire. En Italie, l’« agricampeggio » s’intègre dans le système de l’agritourisme et ajoute, dans de nombreux cas, des services complémentaires tels que la restauration rurale ou de petites installations récréatives, améliorant ainsi l’expérience proposée. Au Royaume-Uni, des systèmes tels que les Certified Locations et les Certificated Sites, promus par des organisations telles que The Camping and Caravanning Club, autorisent de petites zones de camping sur des terrains privés, souvent des fermes, avec un nombre maximum d’unités et une réglementation claire. Aux États-Unis, des plateformes telles que Hipcamp ont numérisé l’accès aux séjours dans des ranchs et des fermes privées, élargissant l’offre avec flexibilité et à faible coût d’entrée.
Tous ces modèles partagent plusieurs caractéristiques : investissement modéré, petite échelle, intégration à l’activité agricole, génération de revenus complémentaires et large répartition territoriale. Ils ne remplacent pas les hôtels ni les campings traditionnels de grande taille, mais les complètent et élargissent la base économique du milieu rural.
L’Espagne compte des milliers d’exploitations agricoles qui sont confrontées à des défis en matière de rentabilité, de relève générationnelle et de diversification des revenus. L’intégration d’un modèle structuré de camping à la ferme ou de micro-parcelles rurales pourrait générer des revenus supplémentaires, encourager la vente directe de produits, attirer le tourisme international itinérant et réduire la pression sur les destinations urbaines saturées. Du point de vue de l’aménagement du territoire, cela implique de répartir les flux touristiques vers des zones ayant une capacité d’accueil et un besoin économique.
Les avantages de ce modèle sont évidents. Il nécessite moins d’investissements dans des constructions permanentes, permet une évolutivité progressive, intègre l’économie primaire et tertiaire et a une empreinte physique limitée. En outre, il répond à des tendances consolidées du marché : recherche d’authenticité, consommation locale, tourisme actif et mobilité autonome.
Les obstacles ne sont pas tant d’ordre commercial que réglementaire et culturel. La fragmentation réglementaire au niveau régional, l’absence d’un réseau national coordonné et la persistance d’une perception associée à une faible valeur ajoutée ont limité son expansion structurée. Cependant, le contexte actuel, marqué par la nécessité d’un rééquilibrage territorial et par la saturation de certaines destinations, offre une opportunité.
Le camping n’est pas un vestige d’un tourisme de moindre catégorie. Il s’agit d’un sous-secteur consolidé, économiquement important et réparti sur tout le territoire. Il a évolué vers des normes de confort et de durabilité plus élevées et peut jouer un rôle clé dans la diversification du modèle touristique espagnol. L’intégrer dans la planification stratégique, en particulier dans les politiques de développement.
Source: HOSTELTUR


