« On voit poindre à nouveau des indicateurs positifs. » – Hélène Conway-Mouret, Ministre chargée des Français à l’étranger

Le Courrier d’Espagne a rencontré la Ministre déléguée auprès du Ministre des affaires étrangères, chargée des Français à l’étranger, Madame Hélène Conway-Mouret. Un poste qui englobe un vaste champ de problématiques, de la sécurité à l’éducation en passant par la représentation des Français à l’étranger. Venue hier en tant que représentante du gouvernement français pour célébrer la fête nationale du 14 juillet à Madrid et remettre quelques décorations, la Ministre consacre deux journées intenses de rencontres à l’Espagne. C’est entre cercles d’affaires et associations que le Courrier a pu la rencontrer. Vous passez 48h en Espagne, quelle est votre mission ? Nous avons choisi l’Espagne pour la fête nationale française qu’est le 14 juillet afin de bien témoigner de l’intérêt du gouvernement français pour ce pays. J’apporte un message d’amitié, en tant que représentante du gouvernement français, pour souligner l’attachement que nous avons à l’Espagne, surtout en cette période de crise économique. Nous voulons montrer que c’est ensemble que nous allons sortir de cette crise. Dans le cadre de l’Union Européenne, il n’est en effet pas question que la sortie de crise se fasse dans une logique de concurrence interétatique, nous avons tout intérêt à travailler ensemble. Je suis aussi venue rencontrer directement les acteurs de la communauté française en Espagne. Ce matin j’ai passé du temps avec les cercles économiques et d’affaires ainsi qu’avec des associations, car ces personnes constituent pour moi le meilleur baromètre possible. Ils m’offrent une vision fidèle de la réalité du terrain et me permettent d’appréhender au mieux la situation. La présence économique français en Espagne est conséquente. Près de 1 800 entreprises françaises sont installées dans la péninsule et portent 300 000 emplois espagnols. Et il ressort de cette matinée que le message est positif. Le représentant d’Air France nous a affirmé que, malgré un trafic touristique en baisse du fait de la crise, il constatait une réelle reprise des voyages d’affaires ainsi que du trafic des jeunes. Il en va de même pour le représentant de Flunch, qui a connu une contraction très forte de son activité ces deux dernières années, mais constate une stabilisation récente, ces deux derniers mois. Ces indices sont révélateurs d’une économie qui, bien que décrite comme catastrophique dans les médias français, est engagée sur la bonne voie. On voit poindre à nouveau des indicateurs positifs. Quelles sont les actions qui relient les deux pays aujourd’hui dans le cadre de la diplomatie économique ? Il y a tout d’abord les grands travaux entrepris comme les gazoducs de Navarre et du Pays Basque ou la ligne a Haute Tension Méditerranéenne, qui devrait entrer en service d’ici 2014. Mais de façon générale, les échanges sont multiples : scientifiques, universitaires, sécuritaires, économiques, énergétiques… Il s’agit de tisser et renforcer un maillage dans tous les secteurs d’activité pour que nos jeunes aient de belles perspectives, puisque la jeunesse est la priorité du Président de la République depuis le début de son mandat. Nous travaillons tout particulièrement dans le domaine de l’éducation, de la formation et de la croissance pour favoriser l’emploi des jeunes. Aujourd’hui les jeunes qui viennent étudier ou faire des stages ici ne s’enregistrent pas automatiquement au Consulat : que pouvons nous faire pour palier cela ? C’est une question que j’ai abordée avec les présidents d’universités et de grandes écoles notamment sur un point qui m’intéresse particulièrement : la sécurité. J’ai beaucoup travaillé sur le thème de la sécurité. Le projet entrepris depuis un an a été de mettre en commun les bonnes pratiques issues du privé avec les nôtres, ce qui n’avait jamais été fait auparavant. J’ai réuni en août dernier les ambassadeurs pour mener une concertation sur ce thème. Dans la mesure où chacun d’entre eux a eu à gérer une crise dans le cadre de son poste, j’ai souhaité mettre en commun ces expériences et j’ai donc envoyé un questionnaire à l’ensemble des intéressés. Nous nous sommes aussi inspirés des pratiques de certaines entreprises privées qui disposent d’un service de sécurité particulièrement aguerri. Ainsi, nous avons mutualisé les réponses afin de produire un recueil de bonnes pratiques à destination notamment des ambassadeurs. Il s’agit dorénavant de faire connaître ce que nous faisons et en particulier les possibilités d’enregistrement pour les jeunes lorsqu’ils partent à l’étranger. Le système du fil de sécurité Ariane par exemple : les Français partant à l’étranger peuvent déposer sur le site du ministère leurs coordonnées, dates et lieux de séjour. Ainsi, ils reçoivent des consignes par sms en cas de problèmes sécuritaires, comme cela a pu être le cas en Egypte récemment. Pour les jeunes plus particulièrement, une information peut être diffusée par les universités et grandes écoles auprès de leurs étudiants qui envisagent de partir étudier ou faire un stage à l’étranger, afin de leur expliquer qu’ils doivent s’inscrire au Consulat par exemple. Je crois que nous avons pêché par manque d’informations et devons être proactif sur ces problématiques. De même, les Français peuvent exercer leur citoyenneté partout dans le monde, et nous réalisons des efforts très importants quant à l’organisation des élections, avec l’ouverture de bureaux de vote notamment. Il s’agit de communiquer sur ce point aussi.

Votre mandat couvre les problématiques éducatives des français à l’étranger et cette année les résultats du baccalauréat en Espagne sont excellents (99% de réussite, 60% de mentions Bien et Très Bien, et quatre Espagnols figurent parmi les douze premières bourses d’excellence dans le monde). Y a-t-il un projet de diffusion des bonnes pratiques au niveau éducatif aussi ? Oui, j’ai lancé une concertation nationale sur l’enseignement français à l’étranger. Nous connaissons une demande très forte de la part des familles face à une contrainte budgétaire qui ne nous permet pas d’accroître nos capacités autant que nous le souhaiterions. Il s’agit pour nous de trouver de nouveaux outils pour répondre à cette demande. De plus, la population française binationale est en forte croissance et cette population ne connaît pas forcément les mêmes besoins et envies que les Français qui sont mobiles et souhaitent suivre un cursus français classique afin d’éventuellement rentrer en France à la fin de leur parcours.  La concertation a été lancée avec l’ensemble des acteurs du monde éducatif mais aussi avec les entreprises, puisqu’elles sont directement concernées par cette problématique, en partie du fait de leurs expatriés voire de la formation en langue française de leurs employés. De plus, nous avons souhaité collaborer avec le Ministère de l’Éducation Nationale sur ce sujet. Deux journées de concertation ont été organisées, et elles ont mené à la publication  d’un rapport de propositions pour valoriser les outils dont dispose le système éducatif français à l’étranger. Si les résultats de Madrid sont en effet exemplaires, il y a d’autres établissements qui connaissent d’excellents résultats aussi, comme le lycée français de Tunis, ce que nous avons pu constater en rencontrant des élèves avec le Président la semaine dernière. L’enseignement français à l’étranger peut servir notamment de laboratoire quant à l’enseignement des langues étrangères, et Vincent Peillon est d’ailleurs très attentif à ces questions. Nous organisons un certain nombre de réunions afin que le ministère bénéficie des meilleures pratiques que nous proposons à l’étranger, et aussi afin de promouvoir un dialogue soutenu entre les établissements français de l’étranger et le Ministère de l’Éducation  Nationale. A l’issue de cette concertation nous programmons de mettre en place, dès la rentrée prochaine, certaines des bonnes pratiques que nous avons pu identifier dans ces fleurons de notre système éducatif. Nous sommes bien sûrs très fiers de nos établissements à l’étranger, mais nous souhaitons encore développer et diversifier la gamme de l’offre éducative du système français à l’étranger. Tout ne passe pas nécessairement par les établissements, il existe une myriade d’acteurs qui gravitent autour des établissements et contribuent à la richesse de l’offre, comme le programme FLAM (Français langue maternelle) ou les filières bilingues dans les établissements nationaux. Vous étiez membre de la Délégation du droit des femmes au Sénat, et tenez à titre personnel un blog, femmesfrancaisesdumonde.tumblr.com, avez-vous rencontrez des associations en Espagne qui se penchent sur cette problématique du droit des femmes qui semble vous tenir à cœur ? Oui effectivement, j’ai pu rencontrer des personnes qui travaillent sur ces problématiques en Espagne et je prévois d’ailleurs de les revoir à Paris. J’ai l’intention de favoriser ces initiatives de mise en valeur de parcours personnels, comme je le fais avec Femmes françaises du monde. Par ailleurs, je marraine deux jeunes femmes qui suivent des études de droit à l’université de Lille, et elles m’ont avoué avoir donné le meilleur d’elles-mêmes parce que j’étais leur marraine. Elles ont de ce fait obtenu d’excellents résultats. Elles n’auraient jamais pensé avoir une ministre pour marraine et n’ont surtout pas voulu me décevoir. Et c’est comme cela que l’on peut aussi aider ces femmes, en leur donnant confiance en elles, en valorisant certains talents qui ont besoin de reconnaissance. De plus, je me penche sur le dossier des mariages forcés, qui n’a jamais été ouvert jusqu’à présent. Je pense que notre réseau consulaire peut apporter une aide réelle à ces jeunes femmes. Nous souhaitons, sur ce sujet aussi, produire un guide des bonnes pratiques, afin que notre réseau puisse gérer au mieux les situations de détresse qui peuvent se présenter. Philippe Chevassus et Hélène Conway-Mouret

Propos recueillis par Margaux Gregoir et Philippe Chevassus

La Ministre était en Espagne pour le 14 Juillet.