Naissance d’un nouveau club d’entrepreneurs francophones à Zaragoza : le CLEFA

Photo : Joëlle Féral, Francisco Bono Consejero de Economía y Empleo au Gouvernement d’Aragon , et Laure Vazquez, Secrétaire Générale de l’IFZ

Joëlle Féral est directrice de l’Institut Français de Zaragoza. Elle a créé en février 2014 le premier Club d’entrepreneurs francophones de la région. Une première au niveau mondial pour un Institut Français. Rencontre avec cette femme dynamique et visionnaire qui revendique plus d’interconnexions avec Zaragoza et s’engage plus que jamais dans la « diplomatie économique ».

  • _Pouvez-vous nous présenter brièvement l’Institut Français de Zaragoza ?

L’Institut français d’Espagne – opérateur du Ministère des Affaires Etrangères et du développement international, MAEDI – en charge de la promotion de la culture et de la langue françaises dans le monde – relaie son action dans 6 antennes réparties sur le territoire espagnol à Barcelone, Bilbao, Valence Séville et Madrid; à Zaragoza, notre institut est implanté dans la capitale d’Aragon depuis plus de 80 ans ; il a croisé depuis près d’un siècle l’histoire des aragonais et jouit actuellement d’une vraie notoriété dans l’accompagnement de projets linguistiques et culturels.

Il est constitué d’une équipe de 14 professeurs et de 7 personnels administratifs, tous relèvent du droit local. Comme directrice de cet institut et titulaire de la fonction publique française, je suis la seule personne expatriée et en détachement auprès du MAEDI. Nous sommes en quelque sorte une PME dont l’activité et la gestion sont sous la tutelle de l’Ambassade de France à Madrid.

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  • Parmi vos activités, que représentent les cours en entreprises et comment évolue ce segment de marché ?

La demande d’apprentissage en langue française a évolué conjoncturellement dans les entreprises ; nous observons actuellement un regain d’intérêt et offrons déjà des cours adaptés. Ces cours représentent environ 18% du total de nos enseignements et ils sont externalisés ; pour précision, nous accueillons également intra-muros des cadres ou techniciens, pris en charge par leur société, pour des apprentissages spécifiques. Cette activité n’est pas récente mais invite à être attentif aux besoins des entreprises et poursuivre l’adaptation permanente de notre offre de cours.

Nous trouvons dans ce créneau des entreprises qui ont des échanges économiques avec la France ou bien qui ont rejoint une enseigne de franchise et souhaitent former leurs cadres rapidement.

Ce qui fera la différence pour des candidats à l’emploi à l’international c’est l’élargissement de compétences linguistiques ; il faut souligner qu’en Aragon un certain nombre de projets sont conduits avec l’Afrique francophone ce qui laisse entrevoir un vaste champ d’activités.

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  • Vous avez créé en février 2014 le CLEFA – club d’entreprises franco aragonaises, en quoi cela consiste-il ? Qu’offrez-vous ? 

Nous œuvrons pour faire se rencontrer les entrepreneurs des deux pays ; notre objectif est de fédérer sous l’appellation « CLEFA » ce réseau d’enseignes franco aragonaises autour de la mise en place d’évènements culturels ou professionnels.

Pour vous donner un exemple, actuellement en collaboration avec nos services de coopération éducatives, le directeur de l’entreprise Alumalsa travaille sur un projet de formation professionnelle à l’initiative des partenaires de la Région. Autre exemple, l’entreprise viticole « Floris legere » a présenté dans les locaux de l’institut français le procédé de fabrication de son vin artisanal de très haute qualité d’élaboration et a permis des échanges fructueux avec les participants.

Il s’agit de donner de la visibilité à la présence française en décloisonnant les secteurs culturels et économiques et en créant du lien avec nos entreprises et les partenaires aragonais autour d’objectifs communs. Nous n’avons pas vocation à nous substituer aux dispositifs existants tels que la Chambre de commerce par exemple ou encore UbiFrance mais bien à nous positionner comme médiateurs dans une logique d’évolution et d’adaptation aux nouveaux contextes sociaux ou économiques.

Ainsi, l’institut français de Zaragoza, en tant que coordinateur du CLEFA, a été invité à participer mercredi 29 octobre dernier au déjeuner organisé par la Chambre de commerce de Barcelone et AREX – Aragon Exterior – entreprise publique du Gouvernement d’Aragon chargée d’accompagner à l’international les entreprises aragonaises ; d’ailleurs AREX fait partie des tous premiers membres du CLEFA. Ce déjeuner au Palais de Larrinaga à Zaragoza, réunissait les principales entreprises françaises présentes dans la Région et les entreprises aragonaises entretenant des relations commerciales significatives avec la France.

Plus largement, nous souhaitons maintenir une dynamique souple qui permette aux entreprises françaises ou aragonaises d’instaurer un lien positif sur leurs actions.

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  • Qui sont les profils des membres de votre club ?

Le CLEFA est composé d’entreprises, de taille très variable, que nous pouvons rapidement classer en 4 groupes :

– Les entreprises industrielles et de service

– Les entreprises du secteur agroalimentaire

– Les entreprises de caractère artisanal

– Les entreprises semi publiques

Nous avons publié une brochure qui présente à la fois l’implantation géographique de ces entreprises en Aragon et leur raison sociale et activités ; cette « carte d’identité » des membres du CLEFA permet une mutualisation des informations internes et une communication externe à visée promotionnelle.

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  • L’enclavement de Zaragoza est – il réel ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de vols directs avec la France par exemple ? L’arrivée du TGV depuis la France est-il un vrai ballon d’oxygène ?

Zaragoza est la 5ème ville du pays et avec près de 750000 habitants ; elle concentre l’activité essentielle de l’Aragon. Quasiment à équidistance de villes comme Bilbao, Barcelone ou Madrid, elle ne dispose pas des mêmes atouts de dessertes autoroutières ou ferroviaires directes vers la France. Mais elle a su s’emparer de ce qui pouvait apparaitre comme un handicap pour réguler la ventilation du frêt européen sur toute l’Espagne. Elle dispose de la plateforme logistique – PLAZA – qui est l’enceinte logistique la plus importante du Continent européen par ses dimensions. Elle constitue un nœud névralgique aérien, ferroviaire et routier avec le reste du territoire. Près de 12000 personnes et de 350 entreprises y travaillent !

Pour ce qui concerne l’aérien / voyageur, des vols d’une cie low cost existent depuis et vers la France, deux fois par semaine. Toutefois Zaragoza demeure la seule ville importante d’Espagne à ne pas être en lien direct avec les aéroports parisiens à l’instar de ce qui existe par exemple dans des villes comme Valence, Séville ou Malaga.

Quant à la connexion AVE TGV, elle constitue sans nul doute une facilité nouvelle porteuse notamment de dynamiques interrégionales transfrontalières très importantes ; mettre ainsi Montpellier à 4h30 de train de Zaragoza permet d’envisager un développement des échanges à divers niveaux ; cette liaison permettra sans doute de « repenser » le voyage tant pour les familles que pour les cadres d’entreprises ; le confort, la desserte en centre ville, la facilité d’accès seront autant d’atouts qui devraient ouvrir Zaragoza à notre pays.

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  • La transfrontalité est-elle un enjeu pour la région ? Que se passe-t-il dans ce domaine ?

La transfrontalité n’est pas que géographique ; elle est aussi un volet thématique qui a permis par exemple le rapprochement entre universités ; Pau et Zaragoza, ces deux pôles d’excellence offrent des doubles diplômes et des formations croisées très prisées et dans des domaines pointus.

Nous avons organisé à l’Institut français en lien avec la ville de Pau notamment et la Chambre de commerce de cette ville un débat d’idées sur la Ville et les territoires durables il y a quelques mois ; ce type d’action rapproche également l’Institut d’organisations ou de structures à vocation économique, et enrichit la réflexion – étape vers une coopération plus aboutie.

Avec le Conseil général de l’Hérault nous avons une collaboration visant à promouvoir la scène héraultaise en Aragon et cette année, ce sont deux compagnies théâtrales qui se sont produites des salles de Huesca et de Zaragoza. Des projets de mise en valeur de la gastronomie de cette région sont en cours pour prolonger et enrichir une collaboration où les deux entités seront impliquées.

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  • Quelles sont les activités économiques les plus novatrices dans la région ?

Indéniablement, le secteur de la Recherche en lien avec l’eau ou encore avec les secteurs des technologies d’informations et de communication, les énergies renouvelables et sans oublier le secteur touristique.

Egalement, et pour n’en citer que deux, les lncubateurs de start up – desquels nous nous sommes rapprochés – le CIEM et Etopia, qui ont une implantation significative et répondent aux besoins nouveaux des entreprises en devenir. Ces incubateurs, véritables hébergeurs des sociétés, offrent des services d’accompagnement, de formation, etc. et tissent dans un environnement urbain, un réseau économique résolument tourné vers le futur. D’ailleurs, nous préparons avec l’Espace Etopia un colloque qui sera dédié au numérique décliné dans diverses applications, reliant là encore l’économique et le culturel. Le CLEFA y prendra aussi part grâce à l’apport professionnel d’un des membres, la société Pizarra Digital.

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  • Pour revenir sur votre club, cette initiative devrait-elle s’élargir dans les autres Instituts français à l’étranger ? En Espagne par exemple ?

Chaque institut français doit prendre en compte son environnement ; nous sommes tous dans un déploiement volontariste de nos activités mais devons compter sur les sensibilités, les attentes, les besoins, les sollicitations du territoire qui nous accueille. Nous évoluons dans des contextes différents, avec des potentiels variables d’un institut à l’autre, d’une Région à l’autre.

La France est le 3ème pays par les investissements en Espagne et le 1er client pour les entreprises aragonaises ; à noter également que près de 10000 personnes travaillent pour des entreprises françaises.

Avec le CLEFA, nous répondons aux nouvelles orientations du MAEDI pour une diplomatie économique impliquant tous les intervenants français mandatés à l’étranger. Cette volonté de dépasser le seul aspect linguistique et culturel devrait permettre de mettre en avant aussi nos pôles d’excellence économiques.

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Création et lancement du CLEFA

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Rencontre avec les membres du CLEFA en mai dernier à l’IFZ. Présents de droite à gauche : Rafael Ledesma, Consul Honoraire, Edouard Beslet, Consul de France à Barcelone, Monsieur Jérôme Bonnafont – Ambassadeur de France en Espagne, Alain Fohr, Directeur Institut Francais d’Espagne, Joëlle Féral, directrice IFZ

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Réunion de travail avec les membres du CLEFA à l’IFZ

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Lancement officiel du Clefa à la Aljaferia

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Déjeuner organisé par la Chambre de Commerce de Barcelone et par AREX

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Laure Vazquez, Directeur de Targo Bank , Joelle Féral, José Muzas Cobo, Gestor de Empresas pour Targo Bank

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Joëlle Féral – à gauche – et Angeles Escudero, entreprise DB APPAREL

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Laure Vazquez, Francisco Bono, Joëlle Féral et Philippe Saman – directeur de la Chambre de commerce de Barcelone

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Philippe Chevassus

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