« L’Espagne est en train de réussir sa sortie de crise grâce à plus de flexibilité »

L’année dernière encore, Volvo Trucks caracolait en tête dans son secteur avec un chiffre d’affaires de 250 millions d’€. Cependant, la crise n’a pas épargné l’entreprise qui est parvenue à traverser la tempête, malgré quelques coups rudes. Stéphane de Creisquer – dirigeant Volvo Trucks Espana Une crise difficile qui a profondément modifié le marché Cet été 2013 vient sceller un cycle de 6 années consécutives de récession, au cours duquel le secteur a connu une baisse de 60% de son activité. Un coup dur qui s’est accompagné d’évolutions conséquentes sur le marché, Volvo a donc du s’adapter. « Auparavant, le marché était atomisé et près de 75% de nos ventes concernaient des petits clients. Dans la crise, le marché s’est fortement concentré et aujourd’hui près de 60% de nos clients sont de gros transporteurs avec un pouvoir de négociation nécessairement plus important que leurs confrères plus petits. De fait, il a fallu être encore plus professionnel, encore plus compétitif, devenir de véritables conseillers, développer une offre sur-mesure et surtout tenir tous nos engagements coûte que coûte » nous confie Stéphane de Creisquer, directeur général de Volvo Trucks España. Toutefois, l’Espagne a su rester le « Verger de l’Europe » dans cette crise difficile, ce qui a contribué au maintien de l’activité de transport de produits frais, particulièrement sur l’arc méditerranéen depuis la mar de plastico d’Almeria jusqu’au Nord de la Catalogne. De même, les constructeurs automobiles sont restés et le transport de pièces détachées s’est maintenu. La Mar de Plastico à Alméria « On voit poindre les premiers signes annonciateurs d’un retour de la compétitivité espagnole » Néanmoins, il semblerait que l’Espagne soit dans le creux de la vague et les premiers signaux d’un retour de la compétitivité espagnole se profilent à l’horizon d’après Stéphane de Creisquer. Cette compétitivité nouvelle, qui a suscité plusieurs analyses convergentes sur une Espagne qui se préparerait à devenir « l’Allemagne de demain », s’appuie sur un triptyque compétitif complet. D’une part, une forte baisse des coûts salariaux qui s’est accompagnée d’un renouveau de la flexibilité laborale, indispensable en temps de crise. D’autre part, diverses aides étatiques, notamment sur le financement des énergies alternatives, participent de cet élan nouveau. Mais il s’agit surtout de la motivation collective qui a porté le peuple espagnol dans la crise. Consentant à divers efforts difficiles, les Espagnols ont encaissé l’ajustement brutal des salaires et ont même consenti à travailler plus, augmentant ainsi leur productivité de façon conséquente. « Dans notre secteur, les salaires ont baissé de 20 à 30%. Ils étaient certes un peu survalorisés auparavant, mais l’ajustement n’en est pas moins violent. Je reste admiratif des efforts consentis par les Espagnols, qui gardent la tête haute malgré les difficultés qu’ils traversent » insiste le dirigeant de Volvo. Garder le cap : les choix d’un leader Face à la crise il faut innover, se renouveler pour sortir la tête de l’eau et dès lors, faire des choix. Chez Volvo, l’accent a été mis sur la formation et le développement des compétences. « Ainsi nous avons, malheureusement, un effectif moindre, mais notre personnel est encore mieux formé et sait s’adapter et élaborer l’offre optimum pour chacun de nos clients » explique le dirigeant. Par ailleurs, on remarquera que la dernière édition de la Volvo Ocean Race, en 2011-2012, a remporté le même succès que les précédentes. Décrite comme « un événement sportif qui permet au groupe d’avoir une très belle opportunité de rencontrer ses clients », la course rassemble tous les trois ans près d’un million de spectateurs pour son départ, passé de Southampton à Alicante depuis 2008. Sept mois de course autour du monde, rythmés par neuf étapes, qui réunissent les passionnés des cinq continents. Une stratégie communicationnelle bien rôdée qui fait son petit effet, et contribue à l’image de marque du groupe.

« Une fois les vannes du crédit bancaire rouvertes, l’Espagne rebondira fortement » Une fois de plus, le constat est sans appel : « la restructuration et l’assainissement du secteur bancaire espagnol pressent » nous confie Stéphane de Creisquer. Il s’agit de permettre aux entreprises d’avoir accès à nouveau aux sources de financement traditionnelles. Les banques restent timides pour le moment et leur niveau d’exigence en terme de garanties semble parfaitement inaccessible si ce n’est aberrant, ce qui freine considérablement l’activité des entreprises. Parallèlement, l’accès au crédit pour les particuliers constitue tout autant un point noir dans le paysage économique. La crise de confiance que connaît la péninsule appelle à un plan d’accompagnement et de relance de la part du gouvernement, afin de favoriser le retour de la consommation intérieure pour le moment atone. Cependant, Stéphane de Creisquer met en garde contre les erreurs d’avant crise, à un moment où le secteur bancaire a joué le rôle de pousse-au-crime plutôt que celui de soutien de la croissance. « Il ne s’agit pas de redistribuer du crédit à tout va, sans condition, non. Il faut que les banques couvrent à nouveau les sources de financement mais en respectant un certain niveau d’exigence. Avant la crise, les banques proposaient mêmes aux entrepreneurs venus demander du crédit pour financer une acquisition de financer l’ensemble des besoins collatéraux, allant jusqu’à doubler le montant du crédit initialement demandé ! Vous vouliez financer l’achat d’un camion, on vous offrait de vous financer le hangar qui allait avec. On ne peut pas retomber dans ces extrêmes. » Un possible retour de la croissance pour 2017, sous conditions Les annonces du gouvernement sont nombreuses quant au retour de la croissance espagnole pour l’année 2013. Après les années délicates que vient de traverser le pays, il semblerait que la croissance fasse son grand retour… Et ce n’est pas trop tôt. Si l’on s’attarde sur les statistiques du transport de marchandises dans la péninsule, l’année 2013 se situe au niveau de l’année 1996, soit 15 années de croissance envolées dans la crise. Pour le patron de Volvo, tout dépend de la vitesse à laquelle le programme d’assainissement du secteur bancaire est mené. « L’Espagne est en train de réussir sa sortie de crise grâce à plus de flexibilité, plus de compétences, un ajustement de ses coûts salariaux, une meilleure productivité et surtout, une combativité exemplaire. Ce n’est pas indolore, mais l’Espagne reconquiert son potentiel. Cette année sera à nouveau une année de récession. Mais on peut espérer une stabilisation l’année prochaine avec une croissance faible, autour de 0,5-1%, puis selon l’état du système bancaire, et des perspectives plus ambitieuses sont envisageables à compter de 2017. »