Les business center : un retour vers le futur s’impose

Ce qu’on aime à Madrid, c’est que la capitale espagnole a su garder son aspect authentique de grand village. Mais son conservatisme est dure à gérer parfois dans les affaires, et dans le domaine des locations de bureaux pour les PME, c’est une véritable catastrophe. On en est encore dans les années 90… THOMAS ARRIVE TOUT droit de Berlin, il a baigné pendant 5 ans et demi dans un écosystème de start-up, de hubs IT et des business centers dignes de ce nom entre Berlin et Kiev, où il y développait ses activités. De grands hangars avec une décoration type loft et open-space avec des bureaux privés si besoin. Un classique dans le nord et l’Est de l’Europe. Lorsqu’il arrive à Madrid avec une stagiaire de fin d’étude au poste d’assistante développement et communication, c’est pour monter la filiale de sa propre entreprise. Il a levé un peu plus de 8 millions sur Berlin et a pour ambition de s’occuper des marchés hispaniques (Espagne et Amérique latine) à partir de la capitale espagnole, un marché de 500 millions de consommateurs que ses investisseurs veulent séduire… » Sa première démarche : trouver un spot de travail dans un quartier dynamique et retrouver un petit écosystème local. Thomas s’était donné 2-3 jours pour cela. Il n’a pas été déçu. Des business center totalement décalés des écosystèmes de start-up. Tout d’abord, les Business centers à Madrid sont tout simplement hors de prix pour le service proposé. La majorité d’entre eux sont situés autour de la Castellana (le boulevard des multinationales espagnoles et étrangères). Pour une salle de 2 ou 3 personnes de 15m2 il faut compter en général entre 600 et 1500 euros par mois. La réception manque d’élégance, les standardistes parlent à peine l’anglais et sont indisponibles dès le vendredi 15h en général. Quant à la décoration, c’est digne des années 90. Au mieux : des meubles Ikea. Au pire : du violet et des murs blancs noircis. Bonjour l’originalité. Aucune action de networking n’est proposée pour les occupants de ces centres en général. Or, si 50 entrepreneurs ou filiales partagent un même espace, pourquoi ne pas organiser des rencontres hebdo entre eux ? Tout le monde peut y gagner : « Avant j’étais dans un business center à Londres, les gestionnaires organisaient chaque semaine, avec ceux qui le souhaitaient, un verre de networking dans le hall principal. Cela permettait d’échanger et de s’entraider. Quitte à sous-traiter un service informatique, c’est encore mieux s’il est sur place » s’exclame Sam, un Belge qui désespère dans un business center de Madrid depuis 2 ans. Quant à celui qui recherche une décoration plutôt sympa il va avoir du mal. Paradoxalement, Barcelone offre bien plus d’espaces modernes pour les jeunes entrepreneurs et avec à des prix raisonnables. Dans la plupart des cas, les business centers sont des franchisés gérés par une famille locale. Bilingue au mieux. Sauf les internationaux. Et l’ambiance y est souvent bizarre et pas très professionnelle. Des hubs bien trop bobo pour abriter du serieux. L’option 2 pour les start-uppeurs est donc de s’orienter vers les hubs. Ces espaces de coworking sont des lieux d’accueil, de travail et de rencontre pour les entrepreneurs, porteurs de projets et d’idées novatrices, en quête de partage. Ils sont apparus il y a à peine 3 ans à Madrid dans le quartier de Malasaña et de Chueca principalement. Il n’y en avait quasiment aucun avant alors que le net existe depuis plus de 20 ans. Les prix oscillent entre 150 et 400 euros mensuel par poste de travail. Vous venez le matin ou quand vous le souhaitez avec votre portable et vous partagez le bureau. Il y a aussi des formules selon le temps passé. Pratique. Plutôt fréquenté par des « autonomos » (autoentrepreneurs), la formule, est assez séductrice car peu gourmande en capital. En effet, un business center traditionnel vous demandera 2 mois de caution plus un mois de loyer, soit quasi 3000 euros comme ticket d’entrée. Le hub, lui, demande généralement un mois de caution pas plus et reste bien plus flexible sur les modes de paiement. Quand on sait que pour un entrepreneur la tréso est le nerf de la guerre, l’argument est de taille. Mais voilà, le public des hubs est le problème pour les entrepreneurs étrangers ambitieux : il s’agit dans 90% des cas de créatifs bruyants. Si vous recevez des clients potentiels entre midi et 14h, il va vite comprendre où vous êtes. Si vous devez visiter un hub pour y louer un bureau, faites-le entre 14h et 16h, vous y verrez ses entrailles. Si la mise en contact avec les autres est ce qui est vendu, là aussi les contacts établis ne seront certainement pas vos plus grands clients ou investisseurs. Des bureaux en propres alors ? Alors, ce que thomas décida de faire après avoir fait le tour de la question et tester un peu de tout pendant quelques temps après la crise, c’est d’opter pour un bureau en propre. Là aussi les surprises sont de taille. Depuis que plus de 1500 entreprises ont fui la Catalogne et ses ambitions séparatistes pour Madrid ces dernières années, l’offre est pauvre et très limitée en centre-ville… L’assistante de Thomas lui conseille alors de concentrer ses recherches dans un quartier assez avant-gardiste de Madrid, Chueca, qui n’est pas forcément un quartier d’affaires ni de résidence chic, mais qui a le mérite de voir naitre les derniers concepts de la capitale, dans la gastronomie entre autres. Et d’être vraiment au cœur de la capitale et très dynamique matin et soir. Les prix y sont abordables encore. Il y trouve donc un superbe deux pièces de 50 m2, blanc, avec cheminée, minimaliste et surtout très ensoleillé toute la journée. Tout proche du Mercado San Anton en plus. Et tout cela pour seulement 900 euros par mois. Ce que demande n’importe quel business center pour 2-3 personnes. Mais là, Thomas peut facilement y mettre 6-7 personnes dans de bonnes conditions. Non meublé, il décide de faire fabriquer ses propres meubles en bois par un menuisier de la Sierra de Madrid qu’il trouve sur milannuncios.com. Une table en bois rustique de 3 m de long pour 400 euros fera la table principale qu’il va partager avec son assistante mais aussi y faire ses réunions avec ses clients. C’est bien mieux qu’une table Ikea ou de bureaux classique. Déjà c’est du sur mesure mais en plus c’est convivial et design. Son bureau sera enfin représentatif de ses idées et de ses projets pour Thomas. Il ne lui reste plus qu’à organiser lui-même ses soirées networking dans le quartier et utiliser sa propre décoration comme image corporate de son site internet. Mais Thomas est plus détendu qu’à son arrivée car il ne faut jamais oublier qu’on peut passer plus de temps au bureau que dans son lit et que l’espace de travail est aussi une forme d’expression, comme ses rêves… LCE