J. L. Zimmermann : “L’économie collaborative n’est pas une mode passagère”

Airbnb, Blablacar, Homeaway… Le succès fulgurant des entreprises basées sur l’économie collaborative n’a échappé à personne. Mode, effets de la crise économique ou nouveau cycle? Rencontre avec José Luis Zimmermann, porte-parole de Sharing, l’association espagnole des entreprises basées sur l’économie de partage. Qu’est-ce que l’économie collaborative? C’est une économie fondée sur le partage des ressources, des biens, du temps, ou de tout autre concept. Les entreprises qui ont choisi ce modèle mettent l’usager au centre de tout. Leur rôle est de faciliter le travail de leurs usagers. Nous sommes une aide pour eux, mais c’est le particulier qui va réellement produire le service. L’économie collaborative concerne déjà environ 450 entreprises en Espagne, un chiffre en constante augmentation. Elle couvre un nombre infini de secteurs, les principaux étant le transport, le tourisme, la restauration et les services professionnels. Comment l’Espagne se positionne-t-elle sur ce marché? L’Espagne est un pays assez ouvert sur la nouveauté, sur les nouvelles technologies. L’usage du smartphone y est d’ailleurs beaucoup plus important que chez nos voisins européens. Mais la culture du partage n’y est pas très répandue. Les États-Unis et le Royaume-Uni sont beaucoup plus en avance que nous sur ce concept. Mais la crise est aussi passée par là, chacun cherche des revenus supplémentaires, ou cherche à économiser, ce qui a permis de développer l’économie collaborative en Espagne. Barcelone a également été pionnière dans ce domaine. C’est une ville cosmopolite et un véritable hub touristique. Elle représente par exemple la moitié du marché espagnol d’Airbnb. Mais nous avons encore besoin de davantage de reconnaissance et surtout de régulation. Uber interdit, Blablacar attaqué en justice par la confédération des autobus espagnols, Airbnb dans l’oeil du cyclone suite à une plainte pour agression sexuelle… Le manque de régulation est-il justement le point faible de ces entreprises? Notre association, Sharing, est née en décembre 2014 pour justement parvenir à convaincre les pouvoirs publics qu’une régulation adaptée était nécessaire pour que l’utilisateur et l’entreprise puissent bénéficier d’une sécurité juridique. Une régulation basée sur l’intérêt général, non sur celui des entreprises. L’économie collaborative est un modèle qui va s’installer durablement, il ne s’agit pas d’une mode passagère. Nos entreprises reposent sur de solides modèles d’affaires. Internet en est évidemment la base. Le web se développe sur un usage collaboratif et c’est tout naturellement qu’il a donné naissance à ce type d’entreprises. Y a-t-il encore de la place pour de nouvelles entreprises basées sur ce modèle? Bien sûr. Il faut toutefois bien étudier la régulation en cours dans le secteur choisi et surtout garder à l’esprit que la concurrence est devenue mondiale. Il est donc beaucoup plus difficile de se démarquer. Mais l’économie collaborative possède encore de belles perspectives. Aurelie Chameroie, journaliste