Anne Grillo, Consule générale de France à Barcelone : « le Consulat a aussi une mission d’accompagnement des entreprises »

C’est en septembre 2010, alors que la crise commençait tout juste à faire sentir ses effets, qu’Anne Grillo a pris ses nouvelles fonctions de Consule générale de France à Barcelone. Dix-huit mois plus tard, elle a accepté de recevoir le Courrier d’Espagne pour parler de son expérience, de son rôle auprès des entreprises et de l’idée qu’elle se fait de la mission consulaire. Rencontre. Comment avez-vous vécu ces dix-huit premiers mois au Consulat de Barcelone ? Par rapport à septembre 2010, l’impact de la crise se pose avec davantage d’acuité. Cet impact est plus visible, sur notre communauté, sur nos entreprises françaises comme sur les Espagnols et les Catalans ainsi que leurs entreprises. Dans la circonscription couverte par le Consulat général de Barcelone (Aragon, Baléares et Catalogne), c’est en Catalogne où réside la majorité de nos compatriotes et où sont l’essentiel de nos intérêts économiques. La situation économique et sociale en Catalogne n’est pas fondamentalement différente de ce qui se passe dans le reste de l’Espagne, même si les mouvements sociaux y sont souvent plus précoces, parfois plus durs, comme le mouvement des Indignés. Comment analysez-vous cette situation économique ? La Catalogne affronte les mêmes défis que l’Espagne : une dette élevée. C’est la deuxième communauté autonome la plus endettée ; un taux de chômage à 20% et encore plus important chez les jeunes ; l’obligation de réduire les déficits publics sans menacer la cohésion sociale. Et comme l’Espagne, elle va chercher de la croissance où elle peut en trouver c’est-à-dire en exportant, et principalement en Europe, elle-même fragilisée. Cette crise touche bien sûr la communauté française, qui est très bien intégrée localement et qui se retrouve donc dans la même situation que les Espagnols. Malgré ce contexte, la Catalogne reste une région très attractive, de par sa localisation, proche de la France, du reste de l’Europe, de l’Afrique et des pays de la Méditerranée. Elle dispose également d’un solide capital en ressources humaines. Je n’ai rencontré que des gens compétents et bien formés. Et enfin une qualité de service remarquable, notamment en matière d’éducation, de santé, de formation professionnelle, de service public en général et d’infrastructures. Ces atouts n’ont-ils pas été balayés par la crise? Non, pas du tout. Les infrastructures sont là. Et malgré le contexte économique et les difficultés à trouver des financements, Barcelone a réussi à connecter l’année dernière son port au réseau ferroviaire international, lui conférant ainsi un atout décisif dans le transport international des marchandises. Si une entreprise française comme Decathlon continue à parier sur Barcelone pour son centre de logistique européen, cela n’est pas un hasard. Ce choix se fonde sur des données économiques précises, et grâce aux infrastructures que possède la ville. L’aéroport international est un autre de ses atouts. Sur le plan bilatéral (NDLR : entre la France et l’Espagne), les projets en cours ont pour l’essentiel leur point d’application en Catalogne, que ce soit pour la connexion ferroviaire à grande vitesse avec le reste de l’Europe ou encore la ligne à très haute tension dans le domaine électrique. Nous avons confiance dans le potentiel de Barcelone et de la Catalogne. Tout ce qui a été engagé sera mené à bien, ce qui favorisera les investissements et la reprise, laquelle peut cependant prendre du temps comme dans le reste de l’Espagne. Le Consulat de Barcelone est-il impliqué auprès des entreprises françaises? Le Consulat général de Barcelone agit sous l’autorité de l’Ambassadeur de France en Espagne et s’emploie à relayer son action dans la circonscription, y compris dans cette dimension diplomatie économique. Le consulat a un rôle d’observation, de par la position privilégiée qu’il entretient avec les acteurs locaux, que ce soit dans le domaine économique, social ou politique. Nous pouvons livrer une analyse complète de la situation pour informer ou alerter les pouvoirs publics français. Cela nous permet d’être un «trait d’union» entre les entreprises françaises et les décideurs économiques locaux, d’être à leur écoute. Nous nous efforçons d’accompagner au mieux les entreprises qui sollicitent notre aide. Ce travail d’analyse et relationnel, qui vient en complément de notre mission de protection et d’administration consulaire qui reste le coeur de notre métier, est bien sûr conduit en très étroite concertation avec les différents services de l’ambassade (Ubifrance, Service économique régional, Agence française pour les investissements internationaux, Atout France dans le secteur du tourisme), sans oublier la Chambre de commerce et d’industrie française de Barcelone ainsi que notre remarquable réseau scolaire, culturel et scientifique. C’est un travail d’équipe, en réseau. Quelles entreprises avez-vous par exemple aidé ou accompagné ? Je ne peux pas répondre, je suis tenue au secret ! Les entreprises qui viennent nous voir le font en toute confiance et je tiens à cette confidentialité. Je peux simplement vous dire que nous leur avons présenté des personnes décisionnaires et que nous les avons accompagnées. Nous aidons les entreprises françaises installées ici, mais nous recevons également des entreprises catalanes qui veulent travailler avec la France. Nous sommes dans des économies ouvertes et mondialisées. Nous ne pouvons plus seulement raisonner en termes d’investissements de part et d’autres de la frontière, d’échanges entre un pays et un autre. Nous essayons donc aussi d’amener les entreprises catalanes et les entreprises françaises à voir comment elles peuvent éventuellement se projeter ensemble à l’international. C’est par exemple Desigual qui a choisi de s’associer à Christian Lacroix pour conquérir le marché asiatique, Abertis qui a su s’appuyer sur le marché et le savoir-faire français dans le domaine des autoroutes pour le marché européen. Ce sont des coopérations intelligentes. Nous pouvons tous aussi susciter des réflexions et des échanges en organisant par exemple des séminaires sur certains thèmes. Il faut être créatif et saisir toutes les opportunités de coopération. Dans cet esprit, le consulat général a mis en relation un certain nombre de conseillers du commerce extérieur français d’Espagne et de France avec les responsables de projets au secrétariat de l’Union pour la Méditerranée basé à Barcelone. Mais je pourrais aussi évoquer les contacts avec l’équipe d’Iter Fusion for Energy, également à Barcelone. Une trentaine de Français y travaillent. Quels sont vos objectifs pour les prochains mois? Je ne peux pas me disperser. D’ailleurs, nous n’en avons ni le temps ni les moyens. Il faut regarder les choses avec réalisme. Nous sommes une petite équipe de vingt-cinq personnes pour faire face à toutes nos missions. Je me fixe des lignes d’action en fonction du contexte et de ce que j’estime devoir rester au centre de l’action du consulat indépendamment des évènements. Nous avons ainsi une préoccupation constante : celle d’offrir un service public de proximité de qualité aux Français résidents, et pouvoir aider les centaines de Français de passage qui viennent à nous en cas de difficulté. Nous avons reçu plus de 45 000 personnes en 2011 au consulat. Nous aimerions toujours faire plus. Ensuite, la conjoncture impose de facto d’autres objectifs structurants. Quels sont-ils pour 2012 ? Cette année, notre priorité est le bon déroulement des élections présidentielles et législatives françaises, et au deuxième semestre, nous aurons probablement, à l’échelle de la circonscription, à mettre en contact les décideurs locaux avec les nouveaux responsables français, comme le fera notre Ambassadeur au niveau étatique à une échelle bien plus importante. Mais au-delà des circonstances auxquelles nous devons nous adapter, mon souci est de tout faire, dans la mesure de nos moyens, pour épauler dans cette période difficile que nous traversons, la communauté française de la circonscription, qui est une communauté jeune, dynamique, courageuse et très entreprenante. Elle le mérite, c’est une conviction pour mon équipe et moi-même. Informations élections : http <http://www.consulfrance-barcelone.org/>