Alain Fohr : « Les Français ont beaucoup de stéréotypes sur l’Espagne »

Alain Fohr (Photo MoreEurope)
Début 2012, les instituts français d’Espagne et le service culturel de l’Ambassade de France à Madrid ont été regroupés en une seule et même entité. L’occasion pour Le Courrier d’Espagne de rencontrer Alain Fohr, conseiller culturel de l’Ambassade de France en Espagne et directeur de l’Institut Français. En quoi consiste la récente restructuration des instituts français ? Tous les dispositifs administratifs, budgets, comptabilité des différents instituts français d’un même pays ont été unifiés. En Espagne, un seul et unique portail a été créé à la fin du mois de février dernier : www.institutfrançais.es . Ce changement a constitué une petite révolution pour nous, même si tous les directeurs d’instituts français sont restés en place et gardent une grande marge de manœuvre. Nous étions habitués, en Espagne et partout dans le monde, à des instituts très indépendants, très autonomes, et à des directeurs assez jaloux de leurs prérogatives. L’avantage que j’y vois, c’est que nous puissions mieux travailler ensemble, mieux regrouper nos moyens, c’est un changement positif. Quel est aujourd’hui le rôle des instituts français ? Ils ont tout d’abord une mission de diffusion, à travers les cours de langue dans un premier temps. C’est d’ailleurs l’épine dorsale de notre activité, celle qui nous procure des recettes constantes et garantit la vie des instituts, lesquels sont autofinancés à plus de 90%. Il y a ensuite toute une partie de diffusion culturelle : cinéma, théâtre, danse, conférences. La seconde mission est une mission de coopération. Nous coopérons avec un grand nombre d’institutions publiques et d’entreprises privées dans tout le pays pour promouvoir le partenariat entre la France et l’Espagne. Ce fut le cas par exemple pour l’exposition « Visa pour l’Image ». Cette opération, pilotée par l’Institut, a permis au centre de culture contemporaine de Barcelone (CCCB) de profiter d’un événement français de renommée mondiale. Nous aidons également les académies françaises à pouvoir travailler avec les universités espagnoles en encourageant la coopération éducative.
Avec Vincent Cassel, lors de sa venue à Madrid
Existe-il en Espagne un intérêt pour la France et la culture française ? Il y a un regain d’intérêt pour la France. Pour des raisons politiques dans un premier temps, car depuis 2008 la France a toujours été aux côtés de l’Espagne, notamment à Bruxelles, et les Espagnols lui en sont reconnaissants. Ensuite parce qu’avec la crise, l’horizon des Espagnols, qui avait fait un bond extraordinaire en 30 ans en devenant mondial, est revenu à un horizon plus européen. L’Espagne redevient un pays d’émigration et de nombreux Espagnols choisissent d’aller en France, notamment pour des emplois saisonniers. La France a également une image culturelle forte. Y a-t-il le même intérêt en France pour l’Espagne ? Les Français ont beaucoup de stéréotypes sur l’Espagne, ils ne la connaissent pas ou la connaissent mal. Les Pyrénées sont une vraie frontière. Il y a une grande demande de France en Espagne. Le pays est le premier acheteur de films français à l’étranger, et le deuxième acheteur en cession de droits de livres. Je suis étonné du nombre de demandes d’aides que nous recevons pour monter des projets culturels, je ne m’attendais pas à une telle demande de France ici en Espagne. Mais notre travail est aussi de permettre aux Français de connaître l’Espagne. J’attache beaucoup d’importance à la réciprocité culturelle, c’est pourquoi nous voulons aussi promouvoir la culture espagnole en France, notamment dans les domaines de l’édition, de la littérature, du cinéma. Propos recueillis par Aurélie Chamerois